L’Enfant Lune qui cherche la lumière :


Non classé / dimanche, novembre 4th, 2018
Gringe l’autre moitié des « casseurs flowteurs » , « le side kick d’Orelsan » , « le rat du macadam » , 10 ans que les fans l’écouten’y dans l’attente de ce fameux projet solo. Après les deux albums des Casseurs Flowteurs , son entrée dans le monde du cinéma validé par ses pairs et des réalisateurs qu’il respecte (en la présence d’olivier Marchal) . C’est dans la nuit du 2 novembre 2018 que l’album est enfin là , le fameux solo de Gringe. Retour sur les écrits d’un enfant lune entre doutecynisme , vannes potaches et psychanalyse. 

Du « Rat du Macadam » à « Enfant Lune » , un long chemin aura été parcouru par Gringe. Celui que l’on connaît sous les traits du vanneur/loveur se dévoile à Coeur ouvert dans cet album. Mais ranger Gringe dans un personnage serait insulter l’homme qui se cache derrière l’alias. 
Guillaume Tranchant de son vrai nom s’avère être un homme plein de doutes et nous livre un album plein d’honnêteté sans oublier son coté blagueur et découpeur de prod pour le rappeur qui révéle avoir appris sur le tas au côté d’Orelsan.

Mémo , dés l’intro on comprend que Gringe va se livrer à nous, dévoilant toute la partie immergée de l’iceberg entre ses doutes passés et ses rêves qui se réalisent . Ses paroles auxquelles répondent des extraits des morceaux des casseurs font de Mémo une sorte d’avertissement aux fans de « L’humour » du duo. Ici, on est face à Gringe en solo comme le démontre ses différentes phases du texte :

« Je crois que je suis la définition même du mot galérer » ,

« Cet album, je le vois comme un message de longs adieux ,une éclaircie dans mon ciel orageux »

« Comment, c’est loin l’époque où j’étais pas dans le casting ». 

L’artiste a su prendre un recul sur sa vie et fait un constat. Loin est l’époque du canapé avec Orelsan , il est maintenant au cinéma avec les grands, tiens tête avec classe à des kickeurs installés (voir le ft avec OrelsanVald et Suikon Blaz AD) et tient à ne pas laisser « l’histoire inachevée »

Paradis noir ft Dj Pone , si on doutait encore que l’album était fait pour nous prendre et nous lessiver de façon presque organique, voir viscérale le deuxième son de l’album le prouve. L’oxymore du titre, une prod sombre, on est face à un univers bien différent et Gringe ne nous tient pas par la main, non il nous pousse dans le vide, tout en jouant avec sa plume.

« Ne cherche pas à me sauver, je suis ma propre bande rivale. »

Je la laisse faire est la première des 4 chansons ou Gringe parle d’amour. Gringe dévoile une nouvelle couleur artistique avec un refrain chanté. Entre fierté et difficulté à s’attacher, on notera la phase destinée à Bigflo et Oli « Je suis pas visionnaire, mais je sais qu’il  va pas se faire le feat »

On Danse pas, là, on est face au Gringe que l’on connaît tous avec des punchlines bien à lui, je le vois comme une pause, un plaisir coupable.

Qui dit mieux ft Suikon Blaz AD Vald et Orelsan. Le soulèvement des ien-cli comme dirait Vald. On est face au Gros single de l’album. Une fusion des deux binômes avec le plus de points communs du game. Deux têtes d’affiche dont le backeur et ami est attendu à chaque projet pour ‘LE’ couplet qui met tout le monde d’accord.
On est face à une connexion de haut vol, ce sont les 4 fantastiques qui tour à tour posent un couplet millimétré et ultra carré pour Suikon Blaz AD , Placement toujours plus fou pour Valdtopline pour Orelsan et couplet final ultra carré de Gringe.
 J’aimerai mettre un billet pour un feat entre Suikon Blaz et Gringe, tant ce dernier semble respecter le kickeur, l’artiste et l’homme qu’est le premier.

Konichiwa: là on est face à un son full punchline toutes plus folles les unes que les autres comme

«  je parle pas d’ordi quand je dis qui faut que je mette à jour ma base virale » , « si l’amour est dans le pré, ici il est surtout dans le prêt bancaire » et la plus insolente reste « C’est moi l’inconnu avec un double platine ». 

En bref, c’est là que se termine la partie connue de Gringe. Bien que les 3 premiers titres de l’album soient assez personnels , Gringe nous offre une suite de 3 titres beaucoup plus accessibles, comme des pauses avant l’arrivée dans le subconscient de l’artiste.

Jusqu’où elle m’aime ft Nemir: Léa Castel , et Nemir sont deux personnalité importantes de la conception de l’album. La première fait office de directrice artistique . La deuxième sert de conseil en chant et de rencontre humaine qui nous offre un morceau chanté , où Gringe n’a rien à envier à celui qu’il y a encore peu de temps était la voix des refrains du rap français. Nemir est connu pour son talent et ses jeux de voix , se retrouver face à lui en chantant était un pari osé, mais un pari réussi sur un morceau concernant les femmes. Celles que l’on aiment , tout en les abîmant. Comme le dit le refrain :

 « J’ai si peur qu’elle me délaisse, que j’vais tout faire pour qu’elle me déteste. ».

Ce morceau sur une instru des plus douces est sublimé par les voix qui se complètent , parfaitement mixées. Bien que mélancolique, le morceau est comme un petit nuage de douceur avant que « L’Enfant Lune » nous frappe avec des morceaux de plus en plus introspectifs.

Déchiré : offrez à Orelsan tous les refrains du rap français, le mix, le texte, le flow chacun de ses refrains sont parfaits.Ce morceau est ce qu’on attend des Casseurs Flowters , une certaine mélancolie dans le refrain et des couplets plein de punchlines qui frappent. 

« Je baise une ex, moi aussi, je me sens vivant quand je t’esquinte » . 

On comprend que les relations amoureuses de Gringe sont une constante d’amour/haine là où Orelsan dans son album semble avoir trouvé la « Lumière. »

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Retourne d’où tu viens : la moitié des Casseurs Flowters avouait au micro de « Nouvelle école » un podcast où il expliquait son parcours , avoir vécu une histoire d’amour à base de nombreuses séparations et remise à zéro avec une femme. Cette femme c’est celle dont il parle sur ce morceau.
Le recul que la conception de l’album lui a fait faire semble avoir  amené à écrire ce morceau, lui qui avouait couper tous les liens avec les siens comme pour creuser au plus profond de lui-même.

Dans ce morceau où il alterne chant et rap , il éprouve un certain rejet de « sa moitié » qui n’était pas là quand il était au fond du gouffre et lui demande de s’éloigner , ne voulant pas d’une personne égoïste et égocentrique dans sa vie.

 « Quel mauvais vent t’amène, tu es la seule chose que tu aimes ». 

Le premier couplet plus chanté  est celui du regret, le deuxième couplet quant à lui où Gringe kick est plus celui du rejet marquant pour lui la fin de la relation.

Pour la nuit : les coups d’un soir, les nuits passaient dans les draps d’une autre, l’infidélité ; voilà le thème où les deux sexes sont critiqués.

« Les femmes veulent des bébés, les hommes veulent juste les faire » . 

Ce rejet de l’amour à longue durée est une constante dans l’album, Gringe y montre un vrai cynisme en terminant le morceau par cette phase : 

«Si l’amour est dans l’air, moi, je bats des records d’apnée. Je reste à jamais fidèle à l’infidélité. »

Pièces détachées : morceau dédié à son père et les conflits qui les ont/où qui les opposent.Refrain qui arrache presque des larmes, tant le morceau est émouvant et qui commence avec ses mots dans le couplet : 

« J’ai passé tout mon temps à fuir, un peu comme mon père l’a fait » . 

Il parle à Coeur ouvert de cette relation qui pour lui est la source de ce qu’il est. La peur de l’amour, de s’attacher, de fonder une famille par peur de répéter les erreurs de son père. 
En dire plus serait desservir ce morceau qui est pour lui l’une des pièces maîtresses de l’album. Presque ironique au vu du titre du morceau.

Scanner ft Léa Castel: pour moi la surprise de l’album. Gringn’a de cesse de remercier cette rencontre et la direction de Léa ainsi que ses conseils. C’était le feat que j’attendais le moins pour ce qui se révèle être mon morceau Favori de l’album où l’artiste parle de son frère, et de relation avec lui continuant à se dévoiler à nous.
Il le dit  , ou le laisse penser à travers ses interviews mais Gringe creuse profondément pour la conception de l’album et ici l’enchaînement des tracks semble être une sorte de baume sur les maux du passé.

Dans la même veine que le précédent, le morceau et l’interprétation méritent l’écoute et surtout ce refrain parfait où les deux voix ne font qu’une.
 Pour moi, Gringe est amené à chanter de plus en plus sans avoir à rougir. De plus ce mix sur le deuxième couplet semble résonner comme des cris de l’âme de l’artiste , une demande de pardon à son frère et lui-même , source de frissons garantie.

Cette analyse de l’album s’avère difficile tant l’écoute nous offre un voyage dans le subconscient de Gringe qui se révèle être un « Clown Triste » et non ce Loveur, balanceur de punchline que l’on pensait connaître. Là où son coté rappeur et sa plume l’emportent ,c’est la palette de chants qui révèle le talent de Gringe et offre des interprétations uniques dans l’horizon du rap français. 

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LMP: 

« Laisse moi planer, la vie est belle j’en fait des cauchemars de rêves, Laisse moi planer, tout oublier,défoncé quand je m’endors. »

Ce refrain encore efficace montre cette envie de solitude et de se renfermer dans la drogue non par envie de se consumer, mais d’apaiser ses cauchemars et se vider la tête pour oublier les soucis. 

Karma : (petit fun facts sur ce son, Dinos pour Imany à poser sur la même prod sur le son Iceberg Slim) . Ce son parle de l’ego de l’homme pas seulement de celui de Gringe. À la fois critique de l’homme en général ,c’est aussi un message à lui-même. Le refrain le montre bien avec l’intervention de Diamond Deuklo

 « Il faut tuer l’ego qui te fait croire qu’il n’y en a pas, Pardonne à ceux qui t’ont offensé. Aime-toi avec sincérité et tu renaîtras»

Message positif à soi-même. C’est l’idée qu’on attire ce que l’on reflète. L’une des plus belles phases du texte restant:

« je vois les hommes faire des élites , se disputer le béhérit. »

 Pour un fan du manga Berserk comme moi, c’est une claque. Le béhérit étant un artefact maudit poussant son possesseur à sacrifier ce qu’il a de plus précieux pour réaliser son objectif et avoir le pouvoir . 

Enfant Lune : sur une instru vaporeuse, avec une guitare assez crasseuse à la Lil Peep le titre éponyme de l’album dévoile tout le côté lunatique de Gringe et sa fascination entre ombre et lumière. L’enfant lune étant une maladie touchant 1 personne sur 1 milliard qui rend impossible l’exposition à la lumière du soleil. Ce son donne toute la proportion à l’album. Gringe étant dans une fascination de l’obscurité, et ses blessures faisant de lui un homme et un artiste effrayé par la lumière bien que fasciné par celle-ci. 
Il y a des albums que l’on retient, car ils sont dans les codes du genre. D’autres qui nous mettent une claque par la qualité de kickeur de l’artiste comme UMLA de Alpha Wann et d’autre que l’on ne peut ranger dans une case , ce sont presque des albums concepts.
Ces albums sont ceux qu’aucun autre artiste ne peut produire, soit par la direction artistique prise, soit par ce que l’homme ou la femme ont mis à l’intérieur.
 Enfant Lune est de ceux-là. Ce n’est pas l’album dont chaque tracks rentrera en playlist, mais c’est un album qui accompagne une vie où une période de vie. Des sons comme pièces détachées parleront aux enfants du divorce, LMP parleront à ceux qui se soignent à base de belles verdures, Karma parleront à ceux qui perdent la foi .En soi chaque son peut prendre toute sa valeur sur une période de vie. Le premier album de Gringe est donc une réussite et passer à côté de cette plume serait une erreur.

Fétourné l’album !

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