Le langage crypté du Don


Non classé / lundi, janvier 7th, 2019

Après la sortie de Stupéfiant et Noir ainsi que Ça va ensemble, le Don rempile avec un troisième clip, celui du morceau Langage Crypté. Réalisé par Clifto Cream, le clip est sorti le 17 décembre dernier. Alpha Wann avait révélé que Nekfeu était d’abord en featuring sur ce titre, mais sa partie a finalement été retiré, ce qui donne au morceau probablement très différent et bien meilleur que si le fenek y était apparu. Alpha montre ici la vie de quartier qu’il a connu, entre drogue et policier, rap et amis, mais également sa peur de l’industrie de la musique, qu’il semble voir comme étant l’Enfer.

Au tout début du clip, on aperçoit une silhouette au travers d’une vitre « floutée », arme à la main, vêtue d’un sweat à capuche rouge, couleur présente à plusieurs reprises dans le clip. Cette première scène est en couleur, bien que la suite soit en noir et blanc, et ce, jusqu’au moment de la transition Le clip se divise donc en deux partie : d’abord, en noir et blanc puis en couleurs.

Dès le début de la première partie, on constate déjà que les personnes présentent à l’image ont leur visage entièrement recouvert par des glitchs, empêchant ainsi de les reconnaître. Si on regarde de plus près, on remarque que ces glitchs sont des images de drogues en grande quantité : on comprend immédiatement que ces hommes sont de probables dealers. Cependant, ces quelques effets permettent au spectateur d’apercevoir rapidement les visages des protagonistes, sans permettre pour autant leur reconnaissance. Comme une évidence, on voit ensuite trois policiers, debout, leurs visages sont également cachés. Deux d’entre eux portent une arme à feu et le troisième une matraque : cette image semble faire écho aux violences policières.

Et c’est toujours fuck les cops, les porcs souhaitent contrôler les jeunes négros en sportswear

Une vieille télévision fait son apparition, un homme assis sur un canapé, encore une fois armé, se tient en face de cette dernière ; il semble prêt à pointer son arme sur la télé, comme si c’était une ennemie. On peut alors y voir une référence aux masses médias qui ne sont pas toujours honnête avec les spectateurs. Parmi tous ces plans en noir et blanc, apparaît néanmoins, très rapidement, un passage en couleur. On voit alors une carte de tarot, la numéros 15, celle du Diable, le « 666 » qu’Alpha s’applique à éviter : pourtant, il tombe sur cette carte, qui semble être une prédiction pour la suite.

Le Diable a les cornes, Philly Flingue a un sceptre

La deuxième partie, en couleur donc, semble montré la fuite d’Alpha Wann, qui emporte avec lui un sac plein de drogues et d’argent. Une télé réapparaît à l’écran, y représentant un Alpha floutté. S’ensuit une scène intrigante : deux « Philly Flingue », se faisant face, comme un homme face à son reflet. Le reflet fait face à la caméra tandis que le vrai Alpha, lui, nous tourne le dos. Cependant, on comprend rapidement que ce n’est pas un reflet, mais bien un « sosie » du rappeur, où une autre partie de lui, qui est représentée. Le rappeur semble avoir deux visages différents : l’un, avide d’argent, qui souhait devenir riche, quitte à le faire de anière illégale, et l’autre, bien moins attiré par l’argent que par le rap.

L’problème de l’argent, c’est plus t’en as, plus t’en veux, c’est un cercle vicieux mon frère

Sur fond noir, apparaît une vitre qui se baisse, laissant apparaître le bas d’un visage : cependant Alpha Wann occupe une grande partie de l’image, montrant ainsi que, pour l’instant, il est capable de se « gérer » et de ne pas tomber dans un piège par avarice. Une opposition de plans, alternant entre un camping-car et une limousine, montre un écart entre le monde du rappeur et le monde régit par l’argent, bien que ce dernier face finalement partie de ce monde, sans s’en rendre compte.

L’argent soigne, fuck la pommade

Finalement, le rappeur cède à la tentation, et monte dans la limousine, qui semble également représenté l’industrie de la musique. Pour lui, signer dans une maison de disque serait comme vendre son âme, et le fait clairement comprendre. Il finit donc par signer un contrat, mais quel est-il ? Est-ce la vente de son talent ou de son âme ? Contrat signé, l’homme présent dans la voiture avec lui, semble plus que satisfait, un sourire se dessinant sur ses lèvres. Ce dernier est d’ailleurs vêtue d’un costume rouge (rappelant la couleur du sweatshirt qui apparaît au tout début du clip), la vitre qui se trouve derrière lui, se referme, les plongeant tous les deux dans une ambiance sombre, sans plus aucune lumière, plus aucune liberté. Cet homme en rouge, est-il la représentation du Diable selon Alpha ? Ou bien celle d’un producteur de maison de disque ? A moins que les deux soient indissociables aux yeux de l’artiste. Finalement, avec la signature de ce contrat, Alpha se perd dans son avarice. A peine sortie du véhicule, que déjà sa bouche commence à être crypté, comme une forme de censure, une interdiction à l’expression totale du talent et des pensées de l’artiste.

Mon rap un langage crypté

Plus le clip se rapproche de sa fin, plus l’image, et même, le son, « bug ». Comme une censure progressive du rappeur jusqu’à sa disparition totale. La quête sans fin d’argent, cette course à l’avarice, l’a, finalement, perdu, l’empêchant d’exprimer son talent.

Cependant, ce clip semble loin de la réalité, puisque, bien qu’il aime l’argent (qui ne l’aime pas?), ce dernier préfère largement faire comme bon lui semble, plutôt que d’être « tenu en laisse » par l’industrie de la musique. Pour Alpha Wann, signé en maison de disque et l’équivalent de vendre son âme au Diable. Ce dernier ne le répétera jamais assez, il veut simplement « venir, faire son gengent » et partir, tout en restant loin des vices que représentent le 666 (le Diable donc) et le 777 (chiffre gagnant au casino).

Le clip se clôture sur un message d’erreur affichant les mots « Don Dada Records », son propre label, lui permettant de rester libre, de vivre de son art tel qu’il l’entend et de gagner de l’argent.

Réussir à faire mieux, tu pourras quand ? Jamais

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