Back To: FLIP, le premier album de Lomepal


Back To / jeudi, janvier 10th, 2019

Chris Cole, Tony Hawk, Bryan Herman, Jay Adams… Ces noms ne vous disent peut-être rien, mais ils ont bercé l’enfance et l’adolescence du rappeur parisien Lomepal. Ce sont tous des skaters professionnel, passion numéros un du jeune artiste qui a ainsi décidé de nommer son premier album FLIP.

Sorti le 30 juin 2017, FLIP est donc le premier album studio d’Antoine Valentinelli, rappeur parisien originaire du treizième arrondissement. L’artiste avait alors déjà sorti 5 projet solos, et annoncé cet album avec la sorti surprise d’ODSL en 2016.

Composé de 15 morceaux et un bonus, on retrouve à la production Superpoze, VM The Don et Stwo pour la majorité des tracks, producteurs avec qui Lomepal travail depuis ses débuts. On retrouve également Jeanjass, Eazy Dew, Mohave, Le Motel, Veek, Vidji, Ponko ainsi que le jeune mais talentueux Majeur-Mineur. Le compositeur Pierrick Devin apparaît également à l’arrangement de chaque titre et accompagnera même Lomepal lors de ses sessions acoustiques.

La pochette de cet album de rap, réalisée par Rægular (auteur également des pochettes de Cyborg de Nekfeu ou plus récemment UMLAde Alpha Wann) détonne avec ce que l’on a l’habitude de voir. Un rose en guise de fond plus que présent et le jeune rappeur, travestit, portant des vêtements pris à la va-vite dans le placard de sa mère et un maquillage dégoulinant, voilà à quoi ressemble ce premier album, l’extérieur n’étant qu’un avant-goût de l‘intérieur.

La première chose que vous pourrez entendre en lançant cet album, ce n’est ni la voix de Lomepal ni une des prods planantes sur lesquelles il a l’habitude de poser. Non, car cet album FLIP commence, logiquement, par un bruit de skate. Le rappeur a expliqué qu’il s’est lui même enregistré et qu’il a fait exprès de tomber sur le sol afin d’enregistrer le son de sa chute. FLIP commence donc par le son des quatre roues d’une board résonnant sur le béton parisien. Palpal, le premier morceau de l’album, reste totalement dans la ligné des morceaux que Lomepal a l’habitude de faire : du pur egotrip, poussé à l’extrême. Il fait, dès le début, allusion au temps qui défile et à la mort qui peut arrivée à tout moment. Comme pour le début, le morceau ne se termine ni sur la voix de l’artiste ni sur la prod, mais sur un orage qui gronde, orage qui semble être presque une source de fascination pour Lomepal.

C’est tellement mieux quand on me regarde

Qui n’a jamais rêvé de remonter dans le temps ? Pour le rappeur parisien, les années 70 sont les meilleurs. A cette époque sont sortis les meilleurs albums de rocks (The Eages, Pink Floyd, Queen, David Bowie et bien d’atres) et c’est aussi l’explosion de la culture skate (initiée en partie par les célèbres Tony Alva, Jay Adams et Stacy Peralta). La deuxième track de l’album est une clair déclaration d’amour à cette incroyable époque. De plus, sujet à une importante autodestruction depuis de nombreuses années, Lomepal est convaincu de ne pas vivre jusque ses 70 ans, bien que dans le clip du morceau, on le voit relativement âgé, avec Caballero et JeanJass, mais suivant toujours le même train de vie, entre skatepark et drogues en tout genre.

Le buvard d’Hendrix aurait empêché que ça s’étende

Lucy est le surnom du fossile le plus ancien trouvé et qui a totalement révolutionné les perceptions des origines humaines. En featuring avec 2FINGZ (composé de Doum’s et Népal), Lomepal va en fait faire une clair critique de la société et ses vices. Il associe clairement le système dans lequel nous vivons au 666, c’est-à-dire au Diable : nous vivons en Enfer selon lui. Notre seul salut serait la prise de drogue : de l’ayahuasca pour les politiques et du hasch pour que l’on soit lucide sur notre situation. Doum’s et Népal s’accapare la deuxième partie du morceau en se lançant dans une sorte de ping-pong vocal, géré au centième de seconde près, composé en grande partie de questions rhétoriques. Ils dénoncent l’argent et ses vices, allient système et Enfer. En bref, la vie dépeint dans ce morceau s’apparente bien plus à de la survie.

Tout le monde souhaiterait un monde meilleur et au final qu’en est-il ?

Premier vrai « banger » sur cet album, Pommade est un bordel sonore et visuel (en ce qui concerne le clip). Lomepal hurle une sorte de rage, de haine contre le quotidien et la vie « basique ». Le rythme du morceau donne l’impression que le rappeur est intenable, dispersé, agité. Entre bagarre, drogue, filles et amis, il ne sait clairement plus où donner de la tête. Encore une fois, il est déterminé à se faire son « trou comme le poppers » pour avoir la vie de ses rêves. Il fait également référence à Janis Jopplin, chanteuse américaine morte au début des 70 à 27 ans, d’une overdose, rejoignant ainsi le « club des 27 » auquel Lomepal ne fera allusion que bien plus tard, dans son second album.

Enfant adore jouer avec ses limites, poison violent, mon corps s’habituera

Ray Liotta, morceau presque plaintif, constatant, encore une fois, les failles de la société, toutes ces injustices que l’on doit accepter, tellement présentes que plus personne ne les remarque vraiment. Ce morceau est le premier de l’album à être plus poussé au niveau du chant. La guitare électrique et la composition du morceau rappel des mélodies de rock des années 70.

Si tu cherches des sensations fortes, la mort peut te faire un bon prix

Caballero, rappeur belge, est un ami de longue date de Lomepal. On les avait déjà vu ensemble sur le projet Fixpen Singeou encore Le signe fumant sa cigarette. De nombreuses années après ces collaborations, on retrouve les deux amis pour le story-telling de la soirée chaotique d’un couple. Les deux artistes exposent les fameux dangers de l’alcool. Alors que Caballero commence en racontant comment la fille trompe son copain, Lomepal termine en décrivant l’agression que le garçon commet. Malgré ce sujet houleux, le morceau est mélodiquement très doux, très calme, presque chanté par moment, que ça soit venant de Caballero ou bien Lomepal. L’artiste parisien le dit bien souvent, alcool et démons ne font pas bon ménage.

Les remords te mordent l’âme

LE morceau de l’album. Le morceau clé, celui qui fait écho au titre de l’album, celui qui fait également échos à la toute première passion de Lomepal : le skate. Bryan Herman est un skateur professionnel californien et une des idoles de l’artiste. Il fait également référence à Chris Cole, figure emblématique de ce sport, ou plutôt, de cet art. Il critique les pseudos-skateur, présents seulement pour la hype et la mode, tandis qu’il explique avoir appris à supporter la douleur et avoir passé des heures sur sa planche à apprendre toutes sortes de figures. Le skate inhibe même sa peur de la mort, il se « sent immortel » quand il roule sur une board, sensation que tous les skateurs ressentent sur leur planche.

Gros flow, gros morceaux, jamais un aussi bon rappeur n’avait vraiment fait de skate

Une interlude sépare la première partie de l’album, une première partie peu personnel, qui ne concerne pas directement les émotions de l’artiste, avec des morceaux plutôt fait pour les pogos que pour pleurer après une rupture. Skit Skate sépare donc cette partie folle et enjouée de la suite, plus sérieuse, plus douloureuse et déchirante : une nouvelle facette de Lomepal que le public connaissait très peu jusque là, celle d’un garçon à l’esprit torturé incapable d’entretenir des relations amoureuses.

Yeux disent est le morceau qui a clairement aidé Lomepal à être connu du grand public. Ce morceau raconte sa déchirante rupture avec une fille qu’il semblait pourtant aimé, malheureusement, son amour pour la musique prend bien trop de place. Pour la première fois, le rappeur livre ses émotions telles quelles, laissant apparaître ses faiblesses, sur un air bien plus chanté que rappé. Il évoque encore une fois sa solitude, solitude qui le ronge depuis des années et qui semblent encore plus marquée avec quelqu’un à ses côtés.

Enchanté, Antoine, je brise les rêves et les cœurs mais j’ai un bon fond, promis

S’ensuit un morceau sur la même lignée, Bécane. Lomepal semble être en plein regret de sa séparation. Meurtri par ce choix qu’il regrette déjà, bien qu’il tente de faire comme si de rien n’était. Il est rongé par ses remords mais il est bien trop attiré par les femmes pour n’en vouloir qu’une seule, de plus la musique occupe une place bien trop importante dans sa vie pour avoir réellement le temps pour une relation. Il ne veut pas avoir à choisir, ni entre les autres femmes ni entre sa musique, ce qui, dans une relation de couple, est primordial. Il se retrouve finalement seul, sur sa « bécane », traversant Paris en se remémorant de douloureux souvenirs.

Je l’oublie quand la foule est belle, un coup je la voulait, un coup je voulais les autres

Vous rappelez-vous le clip du morceau Avion Malaisien ? Ou encore du titre Chute Libre ? Lomepal parle une fois de plus de sa peur de tomber, tomber dans l’oubli, tomber définitivement dans la solitude, la folie, les excès, la douleur. Il ne veut que réussir, vivre de ce qu’il aime. Il est clair que sa musique tient une grande place dans sa vie, à tel point qu’elle a été la cause de ses ruptures. Le manque de confiance en lui le fait douté, mais il lutte sans cesse, son égo cachant ce défaut, donnant l’image d’un homme sûr de lui et de ses capacités. Il semble avoir une grosse prise de conscience sur ce titre. Il reprend d’ailleurs quelques passages du morceaux Avion Malaisien, présent dans l’EP Seigneur.

Ma musique, c’est mon monde, je risque rien puisque c’est moi qui écris l’histoire

Malaise est le titre du son qui suit Avion : une référence de plus au titre Avion Malaisien. Ce morceau est l’opposé du précédent : Lomepal se perd dans la drogue et les femmes, se laissant happer par toutes sortes de tentations. L’évocation à plusieurs reprise du « fugu » rappel d’ailleurs le morceau de Népal.

Je fais de la peine, on dirait une pub préventive pour les drogues dures

Featuring étonnant de cet album, on retrouve sur la treizième tracks, Danse, la chanteuse française Camélia Jordanna. Les deux artistes s’allient pour une presque berceuse, sur une mélodie si douce typique de celles du Motel. Le rappeur semble totalement changer d’ambiance, et redécouvre l’amour avec une nouvelle fille. Il pousse encore une fois sur le chant, en abandonnant presque totalement le rap sur ce morceau, pour encore plus de douceur.

On se ressemble, triste en couple, heureux sans

Deuxième collaboration entre le rappeur belge Roméo Elvis et Lomepal, la première étant sur l’album Moral 2 du belge avec le morceau Thalys. Billet est un morceau en deux parties, incarnant parfaitement la folie des deux rappeurs. VM a du se « surpazer » pour ce morceau et c’est clairement réussi. La première partie s’apparente à ce début de soirée où vous et vos amis allez encore bien, mais plus la soirée passe, l’alcool et les drogues s’accumulent et le temps du regret arrive. La deuxième partie du morceau, introduite par un skateur qui semble tenter une figure sans la réussir du premier coup, est donc ce lendemain de cuite, ce lendemain emplie de regrets et de mal de crâne, les deux ayant « rater le coche ».

L’argent ça fait voyager comme les avions, la drogue et les films de Miyazaki

Le dernier morceau de cet album, est probablement le plus autobiographique et personnel que Lomepal ne nous ait jamais délivré. Il y évoque son enfance, avec une mère souffrante, le laissant livré à lui-même, tentant de l’aider, sans grande réussite. Le début du morceau fait écho au début de «Cleanin’ out my closet de Eminem, qui a connu, lui aussi, de nombreux problèmes avec sa mère. Il refait encore une fois allusion à la mort, cependant il semble la désirer, l’attendre, supporter sa mère devenant de plus en plus dur.

Vie tranchante m’a fait trop de plaies

Un an et demi après FLIP, Lomepal a sorti son second album, Jeannine. FLIP a été certifié double platine en octobre 2018, soit plus d’un an après sa sortie. Son nouvel album a connu un succès incroyable, et l’artiste semble désormais loin de ses époques de galères où le rap était plus une passion qu’un métier. Une tournée des zéniths est prévue et complète. Après tant d’acharnement, Lomepal a finalement eu raison de croire en lui.

Fétourné interview Adrelanine

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