Rien n’est Trop Beau pour Lomepal


Chroniques / lundi, février 18th, 2019

Le premier clip de Jeannine avait été réalisé par Adrien Lagier et Ousmane Ly, les bons copains du rappeur parisien. Cette fois, c’est avec Dario Fau que Lomepal décide de collaborer, ou plutôt de re-collaborer. En effet, leur première collaboration datait de 2017, avec le clip de Yeux Disent, premier extrait de FLIP.

Récemment, le duo nous a offert le clip de Trop Beau, ou le nouveau Yeux Disent. Sorti le 11 février, le clip a été tourné en Afrique du Sud. La chanson portant sur une déchirante histoire d’amour, il se fallait d’avoir une actrice et c’est sur la talentueuse Souheila Yacoub que le choix s’est porté. Un clip aux allures de court métrage qui se veut captivant, à l’instar des autres clips de l’artiste.

Les premières secondes du clip se veulent très sombres, il y a juste suffisamment de lumière pour que le spectateur puisse voir ce qu’il se passe. On voit d’abord un paysage, l’océan, le couché du soleil, puis des mains, un lavabo du sang, on entend également le bruit de l’eau qui coule se mélangeant aux notes de piano. Et de nouveau ce même paysage, un couché de soleil, des mains, celles de Lomepal, dans ce même lavabo. Ces plans s’alternent de plus en plus rapidement, exposant directement l’ambiance qui va régner durant les prochaines minutes.

Une scène à l’intérieur de la maison que l’on avait pu apercevoir : une tension terrible s’installe directement. Des zooms sur le visage fermé de Lomepal ainsi que sur les larmes de Souheila Yacoub accentuent la douleur de la scène. Bien qu’un brasier soit présent devant la jeune actrice, la température est loin d’être à 1000 degrés.

Place à une terrasse ensoleillée, Lomepal encore une fois tendu, un malaise qui augmente à l’arrivée de Souheila. Un gros plan fixe sur le poing fermé et tremblant de l’artiste, un couteau qui se plante dans un œuf, comme un meurtre, des scènes en apparence banale mais pourtant emplies de violence. Lomepal laisse tomber un morceau de sucre dans sa tasse, puis on voit le corps d’une femme, Souheila en l’occurrence, plonger dans l’eau, comme le sucre dans le café. Ce passage rappelle alors la première scène du clip Avion Malaisien, et renvoie ainsi à la première phrase du morceau : « La plupart des belles choses que j’ai vu sont des mirages ». On peut ainsi le voir comme un rappel, pour montrer que cette relation n’était autre qu’un mirage de plus.

Puis, la représentation directe de leur colère. Lomepal s’acharnant de plus en plus sur une cloison en bois avec un marteau, et Souheila, par terre dans l’herbe, s’agitant. On ne la voit d’abord que de dos, les plans sur Lomepal se rapprochent de plus en plus de telle manière à ce que l’on ne voit plus que de grands coups. La caméra décide ensuite de nous montrer ce que fait la jeune femme : un couteau à peinture dans la main, elle éventre violemment une toile. Selon les angles, leurs gestes pourraient être vus différemment, et sont si violent qu’ils s’apparentent à des meurtres. Les deux se retrouvent confrontés à leur rage et à la cause de cette dernière, qui n’est autre que leur relation destructrice.

Entre le refrain et le second couplet, on voit une scène, relativement « joyeuse » du couple, ce qui détonne avec ce que l’on pouvait voir jusqu’à présent. Cependant, une nouvelle scène dans l’eau brise cette image idyllique : la main de Lomepal qui attrape violemment la cheville de Souheila pour l’entraîner dans les profondeurs de l’eau ramène le spectateur à la réalité du morceau et du clip.

On retourne ensuite sur la scène précédente, mais désormais sous un autre angle de vue. Souheila tiens un harpon dans sa main et vise manifestement le cœur de Lomepal. Une scène ironique, puisque dans Yeux Disent, c’était lui qui « touchait dans le cœur ». Il regarde la jeune femme avec haine, cette dernière s’approche, tourne autour de lui, et se retrouve totalement derrière lui, lui qui ne bouge pas, assis dans le canapé, et elle qui vise sa tête, avec un risque qu’elle finisse par tirer.

On retrouve ensuite le couple dans une nouvelle scène, où l’on peut voir le jeune homme serrer relativement fort le nouage du maillot de Souheila, comme pour l’étrangler. Ces passages d’amour-violence font échos au morceau « Toi et Moi » de Lomepal. Il y évoquait déjà l’idée que, pour lui, amour et violence vont de paire : plus il aime, plus ses envies de meurtres sont présentes. Pour le garçon, il ne semble presque plus y avoir de différence entre aimer et haïr.

En grand cinéphile, il était peu probable que Lomepal ne cale pas au moins une référence cinématographique dans ce clip aux airs hollywoodiens. La première relevée est au milieu du clip, et c’est une référence au film « The Shape Of Water » du célèbre réalisateur Guillermo Del Toro. On remarque une scène du film qui a été recréée presque à l’identique : Lomepal et Souheila, dansant autour l’un de l’autre dans l’eau. La scène garde un côté aérien mais l’émotion n’est pas la même. En effet, dans le film de Del Toro, on assiste à la naissance d’un amour d’abord impossible qui le devient, grâce à la nécessité qu’éprouvent les deux protagonistes à vivre cette passion. Or, dans le cas de Trop Beau, on assiste plutôt à la fin de cette relation, qui s’avère finalement impossible. Deux relations, deux finalités, mais la même passion.

Suite à cette passion aquatique, Souheila ressort seule de l’eau : on peut alors se dire que tout se combat n’a finalement lieu que dans sa tête. Cependant, le visage de Lomepal sur la rive semble le montrer comme étant le bourreau de cette dernière, la source même de sa souffrance. On assiste ensuite à une scène d’amour bestiale sur la plage, on ne sait plus si les deux se battent ou couchent ensemble. Leurs gestes mêlent douceur et fermeté, une fusion de leurs corps qui se finit sur une image faisant échos à un autre film : « Eternal Sunshine of the Spotless Mind » de Michel Gondry. Pour celles et ceux qui n’ont pas vu le film, il n’y aura aucun spoil, cependant, une chose en ressort : le souhait de tout effacer définitivement, de n’en laisser plus aucune trace.

Le clip se termine sur le couple en voiture, Souheila au volant, prenant de la vitesse, sur cette falaise incertaine aux virages dangereux entourés de vide. Cette dernière a saboté les ceintures, et Lomepal semble comprendre que c’est la fin, mais pas seulement du couple. Alors que la voiture prend de la vitesse et que l’on s’attend à ce que la voiture dérape dans le virage et termine sa course bien plus bas, il n’en est rien. Seule la caméra suit le mouvement d’un potentiel accident de voiture. Ce choix est comme un nouvel espoir, une chance de renouveau.

Une réalisation monstrueuse, de bons jeux d’acteurs, ainsi que des émotions incroyablement retransmises, c’est ce que l’on retrouve avec ce clip. En parfaite adéquation avec le morceau, ce qu’on pourrait presque qualifier de court métrage, montre l’aboutissement d’années de travail et d’évolution. Alors, pour vous, trop beau ou pas ?

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