(Back To) Relapse : l’album sous côté d’un surdoué


Non classé / jeudi, mars 7th, 2019

Eminem auparavant auréolé des lumières artificielles des projecteurs, devient un véritable homme de l’ombre à partir de 2004 en disparaissant des radars pendant cinq ans. Son addiction aux médicaments et aux drogues, puis le décès de son meilleur ami nommé Proof, assassiné en 2006 à la sortie d’une boite de nuit de Détroit, notamment membre du groupe D12, que le rappeur considérait comme son propre frère, ou encore son deuxième divorce difficile avec sa femme Kim à la même période, sont les multiples et douloureuses causes à l’origine de cette longue et pénible absence de plusieurs années. Le talentueux Eminem semble alors achever sa carrière de rappeur après avoir choisi d’interrompre sa tournée européenne de l’époque, affichant pourtant salles combles pour chacune des dates.

Cependant, à la suite de soins en centre de désintoxication, il finit par rebondir avec courage en offrant le 15 mai 2009, à son important public de « stan », un nouvel album inopiné et inespéré intitulé « Relapse », signifiant littéralement en français « Rechute », ce qu’il revendique avoir fait. La couleur de l’album est donc d’ores et déjà donnée. Ce titre a aussi un second sens et témoigne d’une volonté du rappeur :

« de revenir au point de départ, à la raison pour laquelle je suis devenu célèbre. À mes 2 premier albums, « The Slim Shady LP » et « The Marshall Mathers LP ». Je voulais revenir à cette époque-là. ». 

Néanmoins, le sixième album d’Eminem n’a pas été bien reçu dans un premier temps par le public, en particulier celui américain, car ce dernier aurait préféré un retour mélioratif connotant une rédemption. En effet, dans « Relapse », le personnage de Slim Shady, précédemment sous-entendu, est omniprésent en relatant les pires atrocités de l’humanité comme le meurtre et le viol, en prenant possession de l’âme d’un tueur en série. De plus, l’accent employé dans ce projet a été également contesté au début. 

Ainsi, en raison de ces nombreuses critiques péjoratives hâtives de la part du public, Marshall Mathers, de son vrai nom, s’est finalement mis à douter de son album studio allant même jusqu’à dénigrer ce dernier. D’ailleurs, c’est encore le cas à l’heure actuelle lorsqu’il affirme lors d’une récente interview : « sans Relapse je n’aurais jamais fait Recovery ».

C’est pourquoi, en se fiant aux avis majoritairement défavorables à l’esprit pour le moins « white trash » de l’opus, le rappeur de Détroit a annulé la sortie de « Relapse 2 » pourtant annoncé, et s’est contenté de révéler au grand jour une réédition nommée « Refill » se traduisant par « Recharge ».

Cependant, à force de prendre du recul, les supporters du dieu du rap se sont ravisés et sont pour la plupart désormais unanime pour désigner « Relapse » comme le meilleur album de la discographie d’Eminem.

Alors comment expliquer ce retournement de situation paradoxal ? Pourquoi peut-on qualifier légitimement « Relapse » comme l’album sous côté d’un surdoué ?

                                                                                                                                          King Mathers LP

Avant d’essayer de répondre à ces différentes problématiques et de procéder à l’analyse du sixième album d’Eminem. Il est primordial d’effectuer un rapide retour en arrière, en se plongeant dans le contexte de vie ténébreux et nébuleux de Marshall Mathers durant la période de 2004 à 2008, abordé en début d’introduction. Par conséquent, au fond du gouffre, il est victime d’une profonde dépression et décide de noyer sa peine dans le valium et le xanax entre autres.

Il pense alors quitter le devant de la scène à tout jamais et réaliser son dernier projet musical portant le nom de « King Mathers LP ». Dans cet album, on retrouve déjà des morceaux qui apparaitront dans les années à venir, plus précisément en 2009 avec « Relapse », comme « Beautiful » ou encore « Be Careful What You Wish For » et « My Darling », quant à eux disponibles sur la version deluxe. 

Toutefois, certains sons propres à cet opus, longtemps gardé secret, sont sorti officieusement pour le plus grand bonheur de sa communauté, notamment « The Apple », « G.O.A.T. », « 50 Ways » ou bien « Syllables » en collaboration avec des grands noms du rap américain, à savoir Jay Z, Dr. Dre, 50 Cent, Stat Quo et Ca$his. 

Le titre « Difficult » dans lequel Eminem rend hommage de manière touchante et émouvante à son « Dudey », soit le surnom de son éternel meilleur ami Proof, est également présent. 

Mais sa force de vivre et sa rage de vaincre qui le caractérise tant, vont prendre le dessus et lui permettre de revenir à la raison en renonçant à l’idée de mettre fin à sa carrière par l’intermédiaire de « King Mathers LP » et préfère se consacrer pleinement à la création d’un nouvel album qui deviendra le renommé « Relapse ».

De plus, le freestyle prémonitoire dénommé « I’m having a relapse » révélé en octobre 2008 sur la radio personnelle du rappeur « Shade 45 », était un agréable avant-goût révélateur et surtout représentatif du futur album. Effectivement, dans les lyrics de celui-ci, des thématiques horrorcore tel que le meurtre et la prise de drogue sont largement évoquées. 

Relapse

Longtemps décrié pour son contenu provocateur et violent exacerbé, le sixième album incarné par le sulfureux slim shady, connait à présent un plébiscite soudain grâce à la reconnaissance d’une capacité technique irréprochable, pour laquelle le rappeur de détroit est reconnu pour être le maître en la matière, par l’intermédiaire de ses rimes multi-syllabiques exécutées à merveille, son flow parfait et le maintien d’une même thématique sanguinaire tout au long de l’album. Le tout servi est par des productions monumentales élaborées par le beatmaker adulé Dr.Dre.

Place désormais au décryptage de la pochette et aux principaux morceaux de « Relapse »

COVER RELAPSE FÉTOURNÉ

La cover

Avant même d’écouter l’album, on comprend immédiatement la direction artistique choisie par Eminem en se focalisant sur la pochette de « Relapse ». Le portrait du rappeur est reformé par une accumulation de pilules, connotant sa période d’addiction aux médicaments et aux drogues dures, engendrant un jour une overdose et par inadvertance un séjour en cure de désintoxication. 

Son passage de consommation excessive, qui aurait pu être la source de son décès à deux heures près, comme le confirme ses propos suivants : « si j’étais arrivé à l’hôpital 2 heures plus tard, je serai mort. » lors d’une interview introspective, est d’ailleurs évoqué dans l’interlude « Mr. Mathers ».

De plus, l’ordonnance typiquement américaine avec le R barré, située en bas à gauche, soutient cette idée avec une prescription de « 250 mg de capsules » par un certain Dr. Dre.

Les morceaux majeurs

On avait pu déceler auparavant des pulsions meurtrières dans l’esprit torturé du rappeur de Détroit, quand son amour pour Kimberly Scott se mêlait à la haine, résultant de titres difficilement audibles tant ils touchent à l’intimité en profondeur, tels que « ’97 Bonnie & Clyde » signant la suite de « Kim »

Mais dans le son « Same Song & Dance »,

le public est confronté à un véritable tueur en série, à la fois kidnappeur et violeur, qui prend un plaisir jouissif à contempler souffrir ses femmes victimes. 

Ce morceau est d’abord introduit par le skit « Tonya ». Ce dernier expose une jeune femme crédule sur le bord d’une route faisant de l’autostop et évidemment le conducteur qui accepte de la prendre dans sa voiture n’est autre que Slim Shady, alias un fou obscène auteur d’un nombre conséquent de viols et d’assassinats, détenant plus précisément « a record of 17 rapes, 400 assaults, and 4 murders », autrement dit « un records de 17 viols, 400 agressions et 4 meurtres »

Après avoir remercié à plusieurs reprises celui qui lui a « sauvé la vie », elle comprend qu’elle en train de se faire enlever lorsque le blond tente de la faire taire en lui mettant un bout de scotch sur la bouche. 

À la suite de ces prémices dignes d’un film d’horreur, on retrouve alors le son en question « Same Song & Dance » qui s’impose comme un pur storytelling dans lequel Eminem se met totalement dans la peau d’un serial killer misogyne, exaltant son rituel macabre de meurtrier qui séquestre et viol avant les femmes.

 Celui-ci reste impertinent et insensible, ce caractère est d’ailleurs accentué grâce au refrain chanté qui s’apparente presque à une comptine, face à la détresse de ces femmes désormais sous l’emprise d’un slim shady, qui quant à lui s’éprend de la dernière danse et de la dernière chanson, connotant plutôt des cris et des larmes, que lui offre ses victimes, sachant pertinemment la fin des évènements.  

De plus, les phrases :

« sing that song / It’s the last song you’ll ever get the chance to sing […] Look at you bawl, why you crying to me ? »

se traduisant par :

« chante cette chanson / C’est la dernière chanson que tu auras l’occasion de chanter […] Regarde, pourquoi tu pleures ? »

font écho à celles de « Kim » :

« Ha-ha, got ya! Go ahead, yell! / Here, I’ll scream with you, « Ah, somebody help! » / Don’t you get it, bitch? No one can hear you! »

c’est-à-dire en français :

« Ha-ha, je t’ai ! Vas- y, crie ! / Tiens, je vais crier avec toi, « Ah, quelqu’un de l’aide !  » / Tu ne comprends pas, salope ? Personne ne t’entend !»

pour refaire un parallèle avec ce titre. 

Comme à l’accoutumé, Eminem profite d’un morceau pour s’attaquer à ses cibles favorites. Dans ce cas, il évoque deux victimes qui d’après leurs descriptions précises telles que :

« Big movie star […] Nickelodeon flashed her little kids once» autrement dit « Grande star de cinéma […] Le public juvénile au Nickelodeon s’en souvient encore »

et « She played a little schoolgirl when she first burst » c’est-à-dire « Elle jouait le rôle de la petite écolière quand elle a émergé sur les feux de la rampe »

se trouve être respectivement Lindsay Lohan et Britney Spears. Mais comme dirait le principal concerné : « I’m just playing, ladies / You know I love you». Il faut garder à l’esprit qu’Eminem est une personne qui sait faire preuve de dérision exagérée et par conséquent il vaut mieux ne pas prendre ses propos au premier degré.

La performance technique atteint son apogée au bout de la douzième piste de l’album intitulé  « Stay Wide Awake ».

Au cœur de ce chef d’œuvre musical, le trouble de la personnalité d’ores et déjà si caractéristique de Slim Shady, s’intensifie jusqu’à souffrir sévèrement d’une schizophrénie insoupçonnable aux yeux des autres, notamment ses « amis » qui « ne connaissent pas cet autre côté » de lui à l’origine : « My friends don’t know this other side of me »

D’autre part, ce titre représente le prolongement détaillé du récit sonore précédemment explicité. Étant donné qu’on découvre la prise en otage d’une nouvelle jeune femme, dénommé Brenda, avec le même procédé comme le prouvent ces paroles :

« I see my target, put my car in park, and approach a tender / Young girl by the name of Brenda and I pretend to befriend her »

qui peut se traduire en français par :

« Je vois ma cible, je stationne ma voiture et m’approche de cette jolie jeune femme, du nom de  Brenda et je fais semblant de devenir son ami ».

On peut même qualifier ce morceau de cinématographique, une nouvelle fois, puisque notre sens de la vue est mis à rude épreuve à cause de multiples métaphores très explicites, prenant forme au sein de notre esprit, par le biais de notre imagination qui s’avère être parfois perverse. Ainsi, la prod by Dre peut être assimilée à la bande son d’un film d’épouvante, résultant d’une sensation d’oppression.

En introduisant ses auditeurs dans son scénario préétabli digne d’un tueur en série hors pair, ayant pour proie privilégié la gente féminine, Slim Shady tend à mettre ces derniers mal à l’aise et à les rendre complice contre leur gré de ses viols suivis de ses assassinats hardcore, à l’image de ses références, à savoir Ted Bundy et David Berkowitz, qui sont deux célèbres serial killer dont il a pu s’inspirer en regardant des documentaires durant sa période de convalescence étant subjugué par leur esprit complexe quelque peu semblable à celui du rappeur.

Outre cet univers anxiogène pouvant heurter les âmes sensibles, il est important de souligner la prouesse technique dont a fait preuve Eminem, résultant d’un classique, avec des allitérations et des assonances qui se répètent infiniment, selon un schéma de rime à la manière d’un puriste, par rapport auquel il adapte son débit de paroles et son flow régulier, pouvant connoter le rituel organisé propre à un psychopathe, sans pour autant que le texte ne soit dénué de sens. 

Cette capacité à manier la langue de Shakespeare définissant Eminem à l’aide de son riche vocabulaire, tout en réussissant à faire résonner les syllabes entre elle et à coller au rythme, était notamment développée à l’occasion de son travail minutieux sur les lyrics du désormais incontournable « lose yourself » issu de du film « 8 mile ». Mais avec les couplets et même le refrain de « Stay Wide Awake », le rappeur de Détroit dépasse nos attentes en parvenant à faire rimer les voyelles, jusqu’à obtenir un hexasyllabe sur une quinzaine de ligne. Il anticipe aussi chacun de ses placements, afin de mettre en valeur certains termes majeurs et accélère son flow de temps en temps lorsque qu’il a davantage de mots à poser. 

« Beautiful » s’impose comme le titre marginal du projet.

Effectivement, ici les auditeurs n’ont pas affaire pour une fois au fil conducteur funèbre, mais à une thématique opposée pleine de gravité, soit sa période de dépression subi ardemment, qui détonne au sein de toute cette violence. Néanmoins si l’on s’attarde à lire entre les lignes, on est capable de déceler de l’espoir sous-jacent.

Il n’hésite pas à se mettre complètement à nue en mettant en exergue ses faiblesses d’Homme et ces cicatrices de la vie, oblitérant sa tendance à se cacher à travers un personnage fictif comme l’atteste les paroles suivantes : 

« Marshall your so funny man you should be a comedian god damn » / Unfortunately i am i just hide behind the tears of a clown »

signifiant en français :

 « Marshall vous êtes si drôle ! Vous devriez être comédien bon dieu !  » / Malheureusement je suis juste caché derrière les larmes d’un clown ».

On ressent qu’écrire cette chanson est un exutoire profond pour Marshall Mathers et contribue à la réussite de sa thérapie en cours.  Il aspire uniquement à être considéré comme le commun des mortels et à ne surtout pas être la source d’admiration voire d’idolâtrie comme le prouvent ces paroles :

« In my shoes, just to see / What it’s like, to be me / I’ll be you, lets trade shoes »

autrement dit :

« A ma place, juste pour voir / Ce que ça fait d’être moi / Je serais toi, échangeons nos rôles ».

Ce besoin viscéral est justement exprimé au refrain sur un beat simple adéquat brillant par sa légèreté.

Eminem rappelle au passage combien il est primordial d’être sois même et de s’accepter comme tel, peu importe le regard et les avis des autres personnes qui t’entoure à en croire ses paroles :

« It dont matter saying you aint beautiful / They can all get fucked just stay true to you »

donnant en français :

« Peu importe s’ils disent que tu n’es pas beau / Ils peuvent aller se faire foutre, reste fidèle à toi-même ». 

Paradoxalement à cet apaisement inattendu de la part du rappeur, aux antipodes de son double immoral et néfaste omniprésent sur l’album, au moment où il commence à rédiger ce morceau, il est encore sous l’influence de stupéfiants et se soigne en cure de désintoxication et finira d’achever son texte à sa sortie. 

Cette sombre phase est donc résumée et bouclée par ce son. 

Le son « My Darling » présente la dualité de Marshall Mathers à son paroxysme.

En effet, on distingue deux personnalités très manichéennes, avec d’un côté Eminem, symbolisant le bien et la bonté et de l’autre Slim Shady, caractérisé par sa chevelure blond platine et en l’occurrence une voix au timbre grave, à la limite effrayante, émanant le mal absolue. 

Ces deux personnages opposés se retrouvent alors en conflit, puisque Eminem veut désormais se libérer de l’emprise maléfique de son alter-égo et des éléments malsains auquel celui-ci est couramment associé, c’est-à-dire les stupéfiants et l’alcool par exemple, maintenant que Marshall n’est plus toxicomane.

Cependant, il faut rappeler que ce personnage a permis à Marshall Mathers d’acquérir une célébrité tant espérée et insiste sur le fait qu’il n’est personne sans sa présence à en croire les lyrics suivants « you’re nothing without me ! » mais connait en contrepartie les revers de « la célébrité » qui « a un prix aussi ». Ainsi, Slim Shady et Eminem semblent indissociables en formant une seule et même personne et dépendent l’un de l’autre.  

SLIM SHADY EP FÉTOURNÉ

À savoir que cette intonation gutturale existe depuis le premier EP d’Eminem, intitulé « Slim Shady ». C’est pourquoi, on retrouve des paroles issues de « My Darling » comme :

« So at night before I sleep, I look in the mirror / The mirror grows lips and it whispers : « Come nearer! »»

c’est-à-dire :

« Alors la nuit avant de m’endormir, je regarde dans le miroir / Des lèvres poussent sur le miroir, et il me murmure « approche-toi ! » »

relativement similaires à celles de l’introduction de « Slim Shady EP » :

« Get up and look in the mirror » autrement dit : « Lève-toi et regarde dans le miroir ». 

On note alors que le miroir est un élément primordial où les deux facettes de Marshall Mathers, positive comme péjorative, se reflètent. Par conséquent, Eminem pense tuer Slim Shady en brisant le miroir. D’ailleurs, cette scène est illustrée sur la pochette de son premier EP et plus récemment dans le vidéo clip « When I’m Gone » dévoilé justement en 2005 afin de démentir les nombreuses rumeurs colportées sur une possible retraite. 

Malgré ces tentatives de meurtres à plusieurs reprises dans le passé, comme le laisse présager cette phrase : « but I already killed you » se traduisant par : « mais je t’ai déjà tué ! », son alter-égo résiste et se raille de lui. En effet, Slim Shady est une facette faisant partie intégrante de la personnalité de Marshall, comme il insinue sournoisement avec ces paroles :

« I’m not in the mirror, I’m inside you » autrement dit en français : « Je ne suis pas dans le miroir, je suis en toi »

ou encore « You can’t kill a spirit even if you tried to » c’est-à-dire « Tu ne peux pas tuer un esprit même si tu essayes de »

A l’instar de « Beautiful », le titre « Careful What You Wish For » se distingue également positivement grâce à son style épuré. 

Des réminiscences des évènements tragiques précédents l’album, vécu par Marshall, qui se sont enchainés les uns après les autres, sont tout d’abord abordées par le biais d’informations radiophoniques. Ce cercle vicieux a pu laisser supposer à tort, aux journalistes la fin d’Eminem. Cette introduction était initialement destinée au projet « King Mathers LP » inaccompli. C’est pourquoi la phrase :

« And eight years later, I’m still at it » donnant en français : « Et huit ans plus tard, je suis toujours là»

prend tout son sens puisque le track a été enregistré en 2007 lorsqu’il n’était pas encore sobre. 

Dans ce son, Eminem dépeint les répercussions négatives de son succès phénoménal, pourtant souhaité, cependant « ce n’est pas comme ça » qui « l’imaginais ». Effectivement, il tenait seulement à vivre décemment de sa passion pour le hip-hop et la musique plus généralement, en restant humble et simple, fidèle à lui-même sans changer ses habitudes, sauf qu’il affirme être :

« devenu un hypocrite / Concert après concert » à savoir en anglais : « I became a hypocrite / Concert after concert »

Mais il a obtenu contre son gré le statut de star populaire, comprenant les détracteurs, les fanatiques et les médias qui s’immiscent dans sa vie privée, comme il l’affirme dans le premier couplet :

« There was no where for me / To not go and be seen / And just go and be me »

c’est-à-dire :

« Il n’y avait pas d’endroit pour moi / Il n’y avait nulle part sans être vu / Je ne pouvais plus être moi »

Lui qui croyait se libérer de son ancienne situation de jeune pauvre de 8 Mile, discriminé à cause de sa couleur de peau, maltraité par sa mère et bafoué par ses camarades de classe, en réussissant dans le domaine du rap, s’est finalement retrouvé « prisonnier de la célébrité » à l’origine « Famed to the point of imprisonment ».

REVIVAL FÉTOURNÉ

Un parallèle avec Revival

On fait désormais un bon dans le temps de huit années, outrepassant les albums aux atmosphères davantage pop et rock tels que « Recovery » et « The Marshall Mathers LP 2 », afin de se focaliser sur le retour d’Eminem dans le rap game en 2017, avec la sortie de « Revival » qui présente certaines similitudes avec « Relapse ». D’ailleurs, le lien premier entre ces deux opus est leur titre, car après avoir « rechuter », le dieu du rap a su renaitre de ses cendres et connaitre un « renouveau ».

Par exemple, le titre autobiographique « Arose », interprété par un Marshall à fleur de peau, s’impose comme l’épilogue approfondie de « Deja Vu » issu de « Relapse ». Ce dernier se dénoue par un Eminem au plus bas de sa forme, se réfugiant dans la prise en grande quantité de pilules, à l’abri des regards dans sa salle de bain. Mais son corps endommagé, ne supportant plus cet excès de trop, fini par s’effondrer sur le sol et il reprend ses esprits à l’hôpital.

Par conséquent, dans « Arose » on retrouve le rappeur dans un piteux état sur son lit d’hôpital, avec en fond sonore le bruit des machines qui le maintiennent en vie et crois connaitre ces derniers instants de vie. Il exprime alors ses remords d’avoir consommé du valium, occasionnant son absence à noël auprès de ses enfants et en même temps à l’anniversaire d’Hailie Jade née un 25 décembre.  

Ainsi, il livre à son entourage tous ce qu’il a sur le cœur et dévoile ce qu’il pense être ces ultimes volontés en incitant ses filles, comprenant Hailie, sa fille biologique et ses filles adoptives Alaina et Whitney, à veiller sur leur mère Kim, l’amour de sa vie, conseille à son frère Nathan de se marier avec sa petite amie de confiance ou encore s’excuser auprès de sa mère. Puis, il subit une expérience de mort imminente avec la vision illusoire de son défunt ami Proof. 

 On assiste alors à un flash-back sur sa probable mort en 2007 et certainement pas à l’annonce de son dernier album comme pouvait laisser présager ces paroles qu’il faut replacer dans leur contexte :

« Je vais sortir ce dernier album, puis j’en ai fini avec ça / Cent pour cent fini, j’en ai assez » 

à l’origine :

« I’ll put out this last album, then I’m done with it / One hundred percent finished, fed up with it»

et évoque plutôt « King Mathers » censé être sa dernière œuvre. 

D’autre part, le son « Framed » dans lequel Eminem adopte le point de vue d’un tueur en série assoiffé de sang et affamé de chair, en plus d’être atteint d’un dédoublement de la personnalité où Slim Shady prend le dessus, rappelle non seulement l’atmosphère glauque générale de son ancien album « Relapse » et semble même être la suite adéquate de « 3 a.m », si l’on se reporte autant aux lyrics qu’aux clips. 

En effet, dans « 3 a.m » il incarne un malade mentale toxicomane interné dans un hôpital psychiatrique, qui parvient à s’en extraire et tue impulsivement plusieurs personnes tôt le matin. Néanmoins, l’ambivalence de son cerveau disloqué fait que sa bonne conscience resurgit parfois et somatise sa culpabilité meurtrière comme le démontrent ces paroles :

« Bodies layin’ all over the floorin’ / I don’t remember how they got there »

se traduisant par

« Des corps reposent sur le sol /Je ne me rappelle pas de comment ils sont arrivés là ». 

Dès lors, une enquête est ouverte et Slim Shady est rapidement suspecté par des officiers de police. Mais il nie une fois de plus en bloc ses accusations d’assassinats :

« I know what this looks like, officers / Please just give me one minute / I think I can explain / I ain’t murdered nobody »

soit

« Je sais que les apparences sont contre moi, mais s’il vous plaît, officiers, accordez-moi juste une minute / Je crois que je peux expliquer / Je n’ai assassiné personne ».

Cette suite logique est donc relatée dans la douzième piste de « Revival »

Sans surprise, des plans vraisemblables se retrouvent dans les deux clips vidéo, tels que celui où il déambule désorienté dans une forêt en pleine nuit, ou plutôt à trois heures du matin, avant de s’assoir au pied d’un arbre, tout en remarquant avec stupeur la présence d’un bracelet d’asile à son poignet gauche et d’une coupure le long de sa paume de main droite, aussi lorsqu’il reste dans une position stoïque, en étant vêtue d’une tenue sombre, dans l’un des couloirs de la clinique psychiatrique ou encore la contre plongée d’un victime ensanglanté comme en témoignent ses images :

3 A.M. FÉTOURNÉ

3 a.m.

Framed

3 A.M. FÉTOURNÉ

3 a.m.

FRAMED FÉTOURNÉ

Framed

3 a.m

Framed

Conclusion

En guise de conclusion, au lieu d’écrire un résumé empli de redondances, je vous propose plutôt une playlist :  


retraçant l’article de manière chronologique avec dans un premier temps des morceaux inédits de l’album  « The King Mathers LP » jamais paru. Puis la prestation scénographique de quelques titres primordiaux, à présent mythiques, de « Relapse » par Eminem qui cherchait à se réapproprier des salles de concerts davantage petites et réapprenait à maîtriser sa voix en l’absence de son backeur attitré Proof. Pour enfin finir en beauté, avec plusieurs interviews traitant du sixième album studio de Slim Shady, ainsi que de son passage à vide étroitement lié à son rapport addictif aux médicaments et aux drogues.
 
Marshall Mathers est désormais sobre depuis plus de dix ans et peut être porteur d’espoir voire même un modèle à suivre pour les personnes qui ont traversé ces différentes impasses et connu ces mêmes combats, car comme le dit si sagement son mentor Dr.Dre : « Il faut passer par les pires moments de sa vie, pour vivre les meilleurs ».

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