Aladin 135 nous parle de ses addictions


Non classé / vendredi, mars 8th, 2019

« Tu connais Aladin 135 ? C’est du rap conscient un peu ». C’est comme ça que j’ai entendu parler du jeune rappeur issu du treizième pour la première fois. Est-ce que c’est réellement du rap conscient? Pas si sûr, mais il est clair que c’est bien du rap que nous fait le membre du Panama Bende.

Addictions, c’est son quatrième EP solo, sorti le 11 mai 2015. Composé de 10 titres, il ne comporte néanmoins qu’un seul featuring, et c’est avec le rappeur Nekfeu, dont le nom n’était alors connu que des fans de rap.

Une pochette très sombre, avec une back cover le montrant de dos, menotté, qui colle à l’univers d’Aladin. Le nom du projet semble également mettre l’auditeur sur des pistes concernant les thèmes abordés ; mais l’habit ne fait pas le moine, et la réelle addiction du rappeur n’est autre que le rap (même s’il fume aussi de la douce). Un EP qui nous plonge dans la tête d’Aladin, dans son quotidien et la réalité de sa vie.

Le projet se commence sur un titre plutôt impactant : Angle Mort. On entend d’abord la voix d’Aladin, qui semble lointaine et qui s’approche, comme pour s’installer dans le game et montrer qu’il revient de loin. La prod est littéralement pesante, presque angoissante. Le rappeur commence fort, et prend un ton dénonciateur dès le début. Il évoque énormément le système, et à quel point il le déteste. Le système, ses stéréotypes et préjugés, sa tendance à trier selon les classes sociales, un système qui refuse les jeunes de banlieues et les enferme. Il parle souvent de l’univers scolaire qui l’a tout aussi étriqué. Pour lui, grandir en cité est clairement un handicap. Il décide tout de même de se positionner comme étant le futur, contrairement à ce qu’auraient pu lui dire ses professeurs. Son refrain crié, bestial, montre toute la rage et la haine qu’il contient et qui le font avancer. Dés le début, Aladin est déterminé à réussir.

Système, système, qui que tu sois je te méprise,
Le sale dans la rue j’appelle ça le reflet de tes bêtises

Après une entrée fracassante, l’artiste apaise les esprits et les maux avec un morceau doux, produit par Mani Deïz. On n’a qu’un temps rappelle que personne n’est immortel, à commencer par le jeune artiste. Ce son semble s’opposer directement avec le premier : ici, les démons et les craintes semblent reprendre le contrôle sur le garçon déterminé et enragé qu’Aladin exposait au début. Il exprime toujours son envie de réussite avec moins d’assurance mais toujours autant de hargne. Conscient de sa vie et de ses erreurs, son projet est désormais de réussir dans le rap et rendre ses parents fiers. Il ne se soucie pas des « blabla » que les gens peuvent dire et rester concentré sur lui-même.

On n’a qu’un temps pour devenir le meilleur

Les premières notes font pensées à ce que pourrait faire un autre « rappeur conscient », venant du dix-huitième : Hugo TSR.

A travers ce monologue, Aladin met en avant ses états d’âmes, allant du petit de cité qui n’a pas bougé au futur rappeur à succès traversant les US, Aladin ne sait que choisir et reste hanté par toutes ces voix. Il a parfaitement conscience que la seule personne pouvant causer sa perte n’est que lui-même.

Le refrain plutôt chanté appuie l’aspect mélancolique du morceau. Ce refrain dans lequel Aladin prend conscience, avec douleur, de ses faiblesses.

J’t’entends qui parle de moi quand on est deux dans ma tête
On s’énerve tard le soir comme un geush sans sa ‘teille


Le rap, c’est l’addiction numéro un d’Aladin, il en est obsédé depuis ses premières écoutes de Tupac ou Biggie. Le rap est son sauveur, celui qui lui permettra de réussir et de sortir de la rue. Mais cette passion à double tranchant l’a totalement convaincu d’abandonner les cours. Jeune artiste marginal, rejeté par l’école et rejetant lui-même ce système scolaire, la seule solution pour mener la vie qu’il estime mériter, c’est de réussir dans le rap. La musique est clairement devenu pour lui une drogue, au point d’en délaisser des nuits de sommeils pour en écouter, et passer ses journées à écrire des textes. Il évoque de nouveau les stigmatisations présentent envers les jeunes de banlieues, notamment dans le système scolaire où ils sont souvent considéré comme « irrécupérable ».

Le rap, c’est presque toute ma vie
Moi j’dors pas, j’en écoute toute la nuit

Un tempo rapide, un flow clair et net pour des mots toujours plus impactants, c’est comme ça que Mystère entre dans vos oreilles. De nombreuses allusions à des armes, même la prod semble tirer des balles. Encore une fois, Aladin est partagé entre deux lui, il le reconnaît, il est versatile, possède deux personnalités, « le cerveau scindé en deux » comme il le dit. Il évoque également son rapport aux sentiments et principalement aux femmes, avec qui, bien sûr, ce n’est pas si simple. Sa réussite dans le rap sera sa délivrance et la seule excuse pour ses erreurs passées.

Depuis longtemps je rappe enchaîné par mes douleurs et par le poids de mes péchés

Seul featuring du projet, T’endors pas avec Nekfeu est un morceau des plus calmes et mélancoliques, très semblable à ce que Nekfeu fait. Les deux rappeurs se calent sur un même tempo de quasi-berceuse, permettant à tout auditeur de laisser échapper une petit larme entre deux remises en questions. Ce featuring, bien que peut-être étonnant pour chacun, est en fait tout à fait évident : les deux artistes ne sont guidés que par leur passion, et la coriace envie d’en vivre. La plume délicate des deux artistes caresse notre esprit pour un instant d’apaisement.

On a qu’une vie et qu’un chemin, un jour tu partiras

Que ça soit en fumant ou avec des morceaux, Aladin aime planer. Toujours affirmant son envie de percer sur une prod très old school, l’artiste dévoile encore son quotidien et ses pensées, encore d’une manière différente. Sûr de lui, il n’a plus que le temps que pour le rap, la réussite, le succès. Si Aladin nous fait « fly » avec ses textes et ses sons, son seul moyen d’être high n’est autre que d’ouvrir la fenêtre et de fumer un joint.

A la seconde où j’parle je suis en train d’avancer vers la mort
Car à la seconde où j’parle au rap j’ai choisi de donner ma vie

Un « medley » est un morceau qui en réuni plusieurs autres. Aladin découpe ce son en trois parties, trois parties totalement différents aux ambiances opposées. La première partie semble très défaitiste, très calme et lente, il semble presque apeuré de ce qui peut éventuellement ‘attendre dans l’avenir, se faisant manifestement peu confiance à ce moment précis.

La deuxième partie est déjà bien plus virulente, faisant penser une sorte de soirée où tout est parfaitement habillé, prêt pour toute une soirée de folie. Une partie qui ambiance avec une prod bien rythmée, rappelant clairement un morceau de hip-hop des années 90, univers dont le jeune artiste est très imprégné.

La troisième partie est bien plus sentimentale: il évoque ses relations avec les femmes, ses amis mais surtout avec les femmes. Des relations toujours décevantes, de nombreuses blessures à la clé, il préfère se consacrer au rap et à ses amis.

J’suis trop déçu d’la vie
Il faut que je rappe afin que les thunes arrivent

Le morceau Déjà s’apparente grandement à une mise en garde envers la concurrence. Le rappeur, déjà plus ou moins installé dans l’univers du rap français, il ne compte pas le quitter et souhaite bien au contraire renforcé sa nouvelle place de « relève » du rap. Une ascension qui doit le mener au sommet de la richesse et de la réussite et seulement grâce à lui et son talent, ce qui serai une réelle satisfaction.

J’ai la tête dans les étoiles, les étoiles sont dans les ténèbres

Le dernier morceau, Mon Univers, résume à peu près tout cet EP et en devient une excellente conclusion : le rap, c’est toute la vie d’Aladin. C’est sa motivation première, ce qu’il veut faire tous les jours, peu importe le regard des autres ou les critiques.

Le jeune rappeur du treizième arrondissement, malgré son jeune âge en 2015, était déjà totalement prêt à devenir un poids influent dans le rap français. Beaucoup d’espoir sur cet artiste qui a finalement décidé de mettre sa carrière en pause quelques temps. Talentueux et motivé, Aladin 135, à l’instar de son ami PLK, pourrait bient devenir la relève du rap. En attendant son retour sur le devant de la scène, son album Indigo est toujours disponible sur les plateformes.

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