Back TO: Jean Jass Goldman


Back To / lundi, avril 1st, 2019
JEAN JASS GOLDMAN

Sorti en 2014, ce premier projet solo de Jean Jass nous fait entrer dans l’univers du MC « jeune et génial », à l’époque des débuts de la Grünt. On rentre donc dans un projet qui sonne Old School, en hommage à la musique qu’aime le Double J. Avant de devenir l’amuseur du Duo qu’il forme avec Caballero, Jean Jass était un artiste résolument nonchalant et dans sa bulle. Une plume maîtrisée qui démontre un art de la punchline et de l’image; les débuts d’un artiste qui nous marquera par ses vannes, ses références culinaires mais aussi footballistiques. Prends ton casque, ta meilleure bière en canette pour cette troisième mi-temps, je vais te raconter un truc sur les débuts de Jean Jass, Celui qu’on appelle Goldman.

Genèse :

Jean Jass comme beaucoup de ses confrères à fait ses armes en groupe. À l’instar des RC en France, qui ont fait émerger quelques collectifs devenu incontournables, les Belges, eux, ont créé des connexions par leurs propres moyens, avant d’arriver sur Paris. Hormis la Smala, on peux citer Les Corbeaux mais aussi et surtout l’Exodarap. C’est dans ce groupe que l’artiste a fait ses armes. C’est aussi à cette époque que le double J a rencontré celui qui deviendra son acolyte, le découpeur de prod : « Caballero » pour qui il posera des prods sur le projet « le pont de la reine. »

Les débuts de Jean Jass sont donc celui d’un touche-à-tout. Ingénieur son, Beatmaker et Mc, dans chaque catégorie, JJ excelle. C’est tout naturellement qu’il décide, en 2014, de sortir son premier projet Jean Jass Goldman dans lequel il composera 6 prod sur 8, les deux autres étant composées par Eskondo et le Seize. N’y voyez pas d’hommage à notre amis des Enfoirés, le nom est selon les propres dire du MC, un nom simple à retenir, permettant au projet de faire son chemin et lui permettant de rester fidèle à son humour.

Le projet :

Jean Jass est un amoureux des samples et nous le montre dés l’intro en samplant rien qu’une Larme de Mike Brant qui va nous glisser directement dans le projet et ses sonorités. On découvre alors le personnage de l’artiste: un jeune nonchalant mais passionné par sa musique. Dans ce morceau, il parle de sa vision de la vie mais surtout de sa propre vie. L’artiste est dans sa bulle et n’est pas du genre pressé, mais il sait qu’il arrivera à ses fins, à force de travail, et finira par partir sur une planète lointaine où il sera tranquille pour profiter de la musique et de la drogue douce.

« Mais j’ai un plan, je vous le confieJe quitte la ville ce soir, le Rap, comment direC’est comme penser trouver l’bonheur avec une fille de joieMais pour moi c’est qu’un jeu, j’vais pas te l’dire deux foisQue je compte gagner haut la main, comme il se doit »

On le sait, le double J aime les références bien placées et l’égotrip. Ce deuxième titre est un torrent de références à une vie de jeune sans argent, qui rêve de réussite à l’américaine voir même comme un OG, à la façon des films de gangsters ou le flow cainry. Ici, il en placera sur le cinéma, la bouffe et le foot. Cet EP est la carte d’identité de celui qui retournera tout les festivals plus tard dans sa carrière.

Et que ça saute, prépare moi une escalope milanaise
Baise les végétariens, c’est pour mes carnassiers
Qui réfléchissent mieux quand ils sont rassasiés, 
après 4 assiettes

Mais Jean Jass ne se prend pas au sérieux et c’est pour ça qu’on l’aime. Ses démarches égotrip sont souvent rattrapées par des phases qui désamorcent la vibe pour nous remettre les pieds sur terre ou faire sourire l’auditeur, comme en témoigne la fin du premier couplet.

J’sais pas quel jour on est, mais j’suis en concert ce soir
Et ça fait 2 minutes que je dis de la merde

« Mes jambes », composé par Eskondo est probablement l’un des classiques de l’artiste qui a le plus marqué les auditeurs ! Ambiance aérienne et nonchalante, encore et toujours. Ce texte est une remise en question d’un passionné qui voit ses potes mener une vie normale alors que lui travaille pour vivre de la musique. Il est donc souvent remis en question par son entourage.

Certains diront que c’est une folie pure, j’ai pas pris la bonne pilule

Bien qu’il ne soit pas foncièrement défaitiste, on sent que c’est parfois compliqué de croire tout les jours à 100% en un projet aussi difficile. J a peur de décevoir les siens et qu’il est peut être, au final, rien de plus qu’un bon à rien, et ce, malgré l’amour de ses proches :

Des fois j’accuse le coup, je me dis que ma petite femme
Aime un moins que rien plus que tout

Il finit même par avouer que parfois lui même ne se supporte plus et que c’est son corps qui le fait tenir. Il ne contrôle plus rien, ses jambes sont devenues son seul maintien dans ses objectifs et dans cette vie. Il aimerait un peu plus de soutien et qu’on le laisse rêver. Ses craintes venant des gens plus terre à terre :

Pourquoi tu changes de chaîne quand je rêve ?Je suis là où mes jambes me traînent Et y’a plus qu’elles pour me supporter
Y’a plus qu’elles pour me supporter

« Pas ton problème » Ce qui se dégage de ce projet c’est surtout la démonstration du talent de l’artiste et son envie de solitude qu’il évoque sous différentes formes. Jean Jass a toujours aimé blaguer et montrer qu’il était plus chaud, plus fort et fumais plus. Dans ce titre, il parle des menteurs qui disent vivre la belle vie mais ne font rien pour. Le luxe a toujours attiré le belge, comme on peut le voir plus tard dans la trilogie Double Hélice . Ce morceau est donc sous une ambiance d’Egotrip et il invite de la manière la moins cordiale possible à le laisser tranquille lui et sa bande pendant qu’ils réalisent leurs objectifs.

« Vivre autrement » On retombe dans une ambiance planante pour ce morceau. Encore une fois, on alterne entre rêve et réel, projet et flemme. Il veux vivre autrement, lui, mais aussi son équipe. Avoir un bureau à Manhattan dans la tour la plus haute, et que la musique le paye. Il évoque plus sa vie actuelle à base de galères de thunes et d’embrouilles entres potes, se laissant à rêver sur quelques phases du second couplet.

Ici, tout est devenu monotone, j’veux un bureau
Dans une tour de Manhattan, la plus haute

La fin des deux couplets nous montre ce qu’est Jean Jass, encore une fois, à la façon de « Mes jambes ». Le côté terre à terre mais aussi rêveur est toujours présent.

Je pense au fric, aux sans-logis, aux grands hommes gris
À toutes ces putains d’étoiles en orbite

« Pippo Inzhaghi » Si vous ne connaissez pas ce titre, vous devriez vite régler ce soucis. Ici, on parle encore d’un son incroyable, avec cette fois ci à la prod le talentueux «Le Seize ». Comparaison direct à Nas dans ce titre

Certains disent : « Quand Jassim pose
On croirait entendre du Nasir Jones »

A la manière de Pippo Inzhaghi, qui frôlait souvent le hors jeu mais finissait toujours par arriver à ses fins avec 317 buts dans sa carrière, Jean Jass est prés du but, comme le joueur Italien, et nous offre un voyage de 3 minutes. Bien qu’il se la joue Egotrip, il n’est pas celui qu’il prétend car :

« Au fond comme la meilleure table je suis réservé »

Dans ce morceau il évoque encore le fait de réussir pour le sien mais surtout sa passion pour le Rap et le fait qu’il ne sait rien faire d’autre.

Quand je rappe, je n’suis plus moi-même
Mais à part ça, je n’ai jamais su quoi faire

Mais comme Pippo inzhaghi, il sait qu’à force de travail il va ramener la coupe :

Quand j’pense au futur, j’ai des frayeurs mais
J’roule avec mes frères et mes frères sont les meilleurs
Allez, j’avoue, c’est vrai
Je suis venu pour ramener la coupe comme…

« Viande grillée » c’est le titre où on se fait plaisir, toujours cette ambiance Old School dans le projet. On comprend mieux pourquoi, plus tard dans le titre « Motivé« , JJ dira qu’il aurait du naître dans les 90’s, à NYC. Ce son est en featuring avec EXODARAP, le premier groupe de Jean Jass, qui parle de saisir sa chance. On sent dans ce son ce côté « délire entre potes ». Ce qui est aussi marquant, c’est que la quasi-totalité des membres sont musiciens, l’instru est donc composée en équipe. Avec ce son, on note un côté familial au projet, et surtout cette volonté du self made.

« Un truc » Encore une fois, un titre classique de Jean Jass. Un morceau de 5 minutes où le rappeur se parle dans la cabine d’enregistrement. Il évoque ses rêves de réussite, cet aspect déconnecté du reste du monde qui ne rêve plus et qui reste la tête sur les épaules. Il évoque aussi ses proches et sa familles, tout en enchaînant les punchlines avec, par exemple, une de mes préférées :

« ce monde est flingué je me soigne avec du smith et wesson »

Sur cette prod simple, voire minimaliste, où seule le beat et un saxophone accompagne sa voix, Jean Jass nous offre un voyage dans ses pensées et son cerveau. Il y a des sons où l’on comprend qui est l’artiste, « Un truc » est de ceux là. Si vous voulez comprendre qui est JJ en solo, c’est définitivement le son à écouter.

Ce qui ressort de ce projet, c’est une nonchalance fidèle au double J , mais aussi cette volonté de réussir dans sa passion comme chacun. Aujourd’hui, nombreux sont les artistes à se faire eux même, où à tenter le coup. Cette génération que j’aime appeler « la génération  Grünt« , s’est faite à base de combines, contacts, tuyaux en tous genres, et de beaucoup d’huile de coude.

Cet EP se savoure dans son ensemble, accompagné de la fameuse drogue douce, dans les transport lors d’un début de journée ou pendant un retour de soirée. Bien que parfois désabusé, il y a une réel volonté de réussir, rappelé plus tard, dans le titre Motivé sur Double hélice 1. Pour moi, il est important de revenir aux premiers projets d’un artiste quand sa carrière s’allonge car on comprend d’où vient sa plume et sa personnalité. Personne ne commence en haut de l’affiche. Avant le luxe, la weed et le Ralph Lauren, il y a le jeune passionné qui s’endormait sur les tables du restau familiale après une nuit à écrire. Dans ces moments là, on sent comme une connexion avec l’artiste et ça nous rappelle que seul le charbon paie.

Lors de la sortie des projets, qui pouvait prétendre qu’aujourd’hui cette génération serait en têtes d’affiches de tous les festivals francophones ? Qu’ils seraient presque tous, au minimum, disque d’or ? Bref, qu’ils ramèneraient tous la coupe ? Hormis peut-être Jean Maurel, qui est pour un grand nombre de fan de rap actuel, je pense, ou en tout cas pour un grand nombre de mes connaissance, la clé de la porte qui nous a fait entrer dans ce monde du rap belge. Si ce classique, car pour moi s’en est un, est aussi important, c’est surtout parce qu’il est l’un des premiers projets que je me suis pris véritablement en pleine figure et je m’identifiais totalement à ce mec, dans sa plume et ses références. Loin d’une époque où chaque vendredi est un jour d’au moins 10 sorties, c’est le début du Digging youtube, haute culture, et Mediafire… Moins connecté aux réseaux, plus à l’artiste, je crois qu’au fond, mon attachement à ce projet vient de là…

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