SEMAINE PNL : Dans la légende Retour sur un succès devenu classique


Non classé / mercredi, avril 17th, 2019

Dans la Légende , combien d’artistes français ont pu arriver avec un tel titre d’album et écraser la concurrence comme un rouleau compresseur ?! La réponse est simple. Personne.

50 000 Albums vendus en une semaine , ce n’est pas une mode c’est une part de l’histoire du rap. Les médias ont parlé d’eux, sans rien connaître hormis les chiffres. En soirées et en cours on ne parlait plus que des épisodes de leurs trilogies ! En bref PNL, dont on ne connaît rien, s’est infiltré dans nos oreilles et nos cerveaux comme les nouveaux rois du Rap français. Des millions de vues sur les clips, records de stream sur toutes les plateformes, tous les titres dans le top stream… en bref, c’était légendaire. L’album a su donner à tous un TOP 3 de tracks allant des fans hardcore de rap à textes, à ceux qui n’écoutent du rap que pour s’ambiancer. On y a tous trouvé nos pépites. Les frères Andrieux l’ont promis, c’est le Monde ou rien. En 2016, une page de l’histoire de notre musique s’écrit.

Je ne vous ferrai pas l’affront de vous parler de chacune des tracks qui vont de « DA » (In da hood) à « Jusqu’au dernier gramme » qui est devenu instantanément un classique, où N.O.S nous fait partir avec lui sur Namek dans un couplet dégoulinant de rage, de haine et de tristesse. Tristesse qui va clore cette album.

Mais ma question, 3 ans après, reste la même. Comment ce groupe, si détesté à ses débuts, a pu ainsi installer un fanatisme aussi grand ? Les mystères sur les deux frères sont grands. Certes ils viennent des Tarterets , certes on connaît leurs prénoms et leurs passés, mais tout cela on ne le connaît qu’à travers leur musique.
D’un côté nous avons une présence médiatique intense et forte à chaque nouveau son et projet avec toujours plus de recherches sur les idées qui vont marquer le public : affiche gigantesque sur le périphérique, affiche de recherche avec un numéro pour « Jusqu’au dernier gramme », extrait de son à la fin d’un clip, messages énigmatiques sur les réseaux, interview pour Fader, prog à coachella… et tant d’autres. Alors que pour les deux toulousains on est sur une surprésence médiatique : participation à des vidéos Youtube, proches de la JetSet, panneaux de publicité constant (Axe ou Redbull).

Si on compare les deux, on peut se dire que les trajectoires devraient se rejoindre au niveaux des ventes mais il n’en est rien. D’un coté la puissance d’un Label, de l’autre celle de l’indépendance. Les deux amènent à des résultats bien différents.

Sah quel plaisir :

Ces résultats différents amènent donc à une réussite en totale indépendance de PNL qui va devenir le premier disque de Diamant indépendant du rap français. On entend au loin Booba dire « c’est bandant d’être indépendant ». On peut bien évidemment parler communication mais ce serait insulter la musique des deux frères et leur mentalité QLF (Que La Famille). Encore une fois, on a pu voir leur impact sur le Rap avec la peur et le respect qu’ils instaurent chez leurs pairs, mais aussi et surtout, avec l’impact que leurs instrus et leurs mélodies ont eu sur les années qui ont suivi dans le Rap. Ces ambiances aériennes sont devenues la norme, les clips réalisés à l’étranger sont maintenant monnaie courante et plus que la base pour prouver la réussite et l’avancée de leur carrière.

Mais pourquoi cette passion ?

Le charisme, les textes, le spleen du dealer qui diffère de l’Egotrip du Tony Montana (bien que forcément présent dans leur univers), un monde qu’ils ont crée autour d’eux avec des expressions, des références, des gimmicks qui petit à petit amènent les fans du tandem à partager un amour et une « langue » qu’eux seuls comprennent.

On est pas comme eux :

Mais plus que tout, les textes de cet album se sont diversifiés en restant sur cette base solide. Pour vous expliquer, dans cet album, PNL, bien que parlant d’eux et toujours d’eux, traduisent souvent l’incompréhension des classes. Ils vont parler de leurs soif de richesses et de réussite, de Paris la nuit, ou encore de l’incompréhension qu’ont les gens sur eux et sur leurs destins. On n’est pas comme eux, ce n’est pas qu’une phase, cette litanie sur l’album montre la différence de tous et chaque fan des deux frères s’est un moment sentit concerné par cette phase.

Cet album est aussi différent des deux précédents car c’était celui qui devait les faire rentrer dans l’histoire. Après deux réussites d’estime qui ont crée une base de fan solide. Cet album nous parle du début de succès et se distingue du reste du paysages du rap français. Ils ignorent toutes questions politiques ou d’engagement, ils partagent leurs points de vue. Nous ne sommes pas tous des dealers, mais étonnamment, dans ce parcours de recherche de soi, dans ce jugement des autres, on se sent étrangement concerné ou touché par les couplets d’Ademo et Tarrick Andrieux. Surtout avec cette mélancolie dont on parlait peu dans le rap à l’époque et qui s’est installé comme une norme aujourd’hui.

Mais on est tous pareil

Mais bien sûr il n’y a pas que ça des titres comme « Kratos » ou « Onizuka » qui sont générationnels. Les joueurs identifieront le parcours des deux rappeurs au dieu de la guerre du jeu éponyme qui vend son âme et n’est alimenté et motivé que par sa haine pour prendre la place des dieux et réaliser son objectif de vengeance sur le monde. La comparaison à « Onizuka » nous ramène au club Dorothée et à cette culture mangas dans le second art le plus consommé dans le monde.

Sur « Tu sais pas », N.O.S nous parle de son objectif de bonheur pour les siens : « afin que l’avenir ne leurs fasse plus jamais peur ».

Derrières tout ces thèmes, on retrouve des projets que nous avons tous au fond de nous, ainsi que des références claires et compréhensibles pour presque tous.

Cette envie d’entrer dans la légende, ou de « prendre le monte en entier », nous l’avons tous eu, ou nous l’avons encore. Donc rien de plus normal à se sentir envahi d’une soif de tout conquérir en écoutant le groupe. PNL représente notre génération. On voit le monde de loin, on veut qu’il soit nôtre, on veut le découvrir. Mais malgré tout ça, on ne veut pas se vendre ou se perdre. Bien que le chemin soit dur, nous voulons conserver nos valeurs. Comme eux, on pense à l’argent mais on veut profiter des moments que nous gagnons : « Je pense au khalis khalis khalis , je veux ma coupe de fraise mes boules de vanilles ».

Je t’haine

L’autre grande question sur PNL est leur difficulté avec l’amour qu’ils donnent à leur famille de sang. Mais aussi celui qu’ils donnent à celle qu’ils ont bâti avec le fameux QLF. Mais il y a bien sûr aussi l’amour qu’ils ont pour les femmes. Dans la légende c’est N.O.S qui semble se poser le plus de question sur ce qu’est l’amour. Ademo, le plus âgé, semble être à fond dans cette idée QLF à 2000%. Pour lui, il n’y a que ça qui compte. Sa haine le fera avancer à vie : « coeur de glaçon » comme il dit dans « Humain ». Nabil lui semble essayer de comprendre les autres, mais surtout se comprendre lui. Celui qu’on jugeait le moins fort aux débuts du duo s’est petit à petit ouvert dans ses textes d’un point de vue interprétation et surtout textuellement. Ce progrès et ces questions qu’il se pose nous amèneront au couplet de « Bambina » dans lequel il semble montrer que selon lui, l’amour n’est pas sain : «  Je peux pas la Ken elle est trop love, Peace and Lovés pas Peace and Love ». Cette haine, ils ne s’en débarrasseront pas, les femmes n’étaient pas là quand ils tenaient le bloc, elles n’ont donc pas leurs places chez QLF et chez les frères. Ils doivent faire des billets avant.

Je sais pas ce qui se passe dans nos têtes :

Et si le succès de PNL était un reflet de notre société ? On le voit dans l’article, on se reconnaît en eux. J’ai tenté de voir pourquoi et le résultat est là. Qu’on soit dealer, grossiste, iencli ou rien de tout ça, juste un fan de rap, ou consommateur de musique, l’univers de PNL nous parle car il est le nôtre. Bien que le fictif l’emporte, nous sommes nombreux à vouloir la couronne comme Simba, faire le tour de nos villes comme Onizuka ou fumer de gros gros terh quand ça va pas trop. On ne comprend pas les rêves des autres on veut vivre les nôtres. Leurs thèmes sont la soif de réussite, non seulement financière, mais aussi au niveau de leurs objectifs. On recherche tous le bonheur, bien qu’on soit dur dans la merde. Chaque seconde de soleil nous amène à attendre l’orage comme N.O.S.

Cet espoir et cette haine, ce projet et cette mentalité sont identifiables en une phrase. Elle même rentrée dans la légende : « Je sais pas ce qui se passe dans ma tête, parfois je voudrais sauver la Terre, parfois je voudrais la voir brûler ».

PNL c’est L’Utopie et le Nihilisme. On veut faire la paix avec tout le monde, mais on veut aussi se remplir les poches. On veut prendre le pire de ce qu’a le monde (les lovés) pour vivre le meilleur (la peace). Au final, « Dans la légende » incarne le bien et le mal et c’est peut être pour ça qu’ils ont leurs places dans l’histoire.

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