Entre espoir et rage, rencontre avec Kurt 20:20 et Wallace Cleaver


Interviews / vendredi, avril 26th, 2019
wALLACE CLEAVER kURT 20:20
Wallace Cleaver & Kurt 20:20 par @pierregent

C’est en décembre que je rencontre Wallace et Kurt, tout part de twitter et un son vu par hasard. De là on s’écrit et je découvre que Kurt prépare un EP qui s’appelle Noir Ivoire. On décide de se rencontrer pour en parler et je rencontre deux assoiffés de Turn Up et deux passionnés de rap qui ont tout prévu pour s’asseoir sur 2019.

Fetourne : Je vous laisse vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas.

Kurt : Kurt 20:20, rappeur du Garden Club  et aussi, A.K.A Speed Diablo. Le Garden Club c’est notre structure et Speed Diablo c’est la seconde personnalité à l’instar de Fight Club. On dit de moi que je suis un petit diable et vu que je suis hyper actif, c’est venu comme une évidence. Je vais plus le développer dans le futur mais c’est là , il a un son sur l’EP et il reviendra.


Wallace: Wallace Cleaver ou Maclarren. C’est le V8 caché. Garden Club c’est l ‘équipe.


Kurt : C’est très officieux , on a la flemme d’aller à la préfecture pour monter l’association, mais la structure a deux ans maintenant.


Wallace : C’est la maison mère. Y’a une structure visuelle, un groupe de musique, nous, de la sape dans le futur et par exemple, y’a Pierre qui fait les clips, qui a une mentalité Skate très DIY et il est au courant de tout ce qui se passe dans la nappe concernant les visus.


Kurt : On veut tout garder pour nous et montrer qu’en indé on y arrive et on a la main sur tout ce qu’on fait.

 Fetourne : c’est bandant d’être indépendant *  

Les deux : Exact 

Fetourne : Du coup votre rencontre elle vient d’où?

 Kurt : La Fac, mec. Perso j’ai vite décroché de ma première année de Fac pour le rap et il était pas encore là. Mais je commençais à monter un groupe, puis l’année d’après il est arrivé.
Wallace : On est devenus des reufs, c’est ensemble ou rien maintenant. Je suis venu faire des études et je me retrouve dans un bourbier de rap (rire)

Les Hommes pleurent du sang l’un des clips de l’EP


Kurt: On fait ça sérieusement mais on s’amuse c’est la passion. Si on s’était pas rencontrés, on en serait pas là. On se motive et on s’apprend des trucs, on s’influence même. 


Wallace : On ressent la même chose dans le son mais on le dit pas de la même manière. Le provincial et le pur parisien ensemble.  C’est une cohésion.


Kurt : C’est une synergie même. 

Fetourne : Et tu vises quoi avec Noir Ivoire? 

Kurt : Je vise pas l’argent, je veux faire des concerts avec, faire des lives. Je peux pas arriver avec des sons trop smooth ça me ressemble pas. Les gros pogo c’est ce que j’aime et je veux que ça dans mes concerts.


Wallace : S’ils partent pas avec des bleus c’est un échec.


Kurt : Le projet c’est Rage&Hope édition, y’en aura plusieurs, c’est un reflet d’une envie de conquête, mais sans viser l’argent ou être une star.


Fetourne : Comme tu le dis dans Toledo : « Fuck une vie de star je veux vivre comme jeune légende. »

Kurt : Exactement. Je veux pas de ça, être une star deux ans … Inutile. Je veux vivre comme je l’entends. Être une légende ça veut dire vivre sa vie comme on l’entend. Être une star ça veut dire être modelé je trouve et tous les deux on est pas comme ça. 

Fetourne : Sinon au niveau de tes références sur par exemple l’emploi de l’autotune y’a un coté Travis Scott bien présent. T’en as d’autres?

Kurt : Bin déjà forcement je suis grave influencé par Travis, par Booba aussi. par son utilisation de l’autotune. Ou encore 808 HeartBroken de Kanye West, Hamza, Laylow.


Fetourne : La ThreesixMafia aussi ?

Kurt : Carrément ! Mais je suis un enfant du rap US, plus que FR où je suis arrivé sur le tard. Je dirais les sons, j’explorais sur Yahoo à l’époque , Myspace et tous les skyblog . Après je suis allé souvent à Londres, j’ai de la famille là-bas du coup j’en profitais et je me prends vraiment la Grime. 

Fetourne : Ton projet c’est du rap français avec une vrai esthétique US.

Kurt: c’est ce que j’essaye de faire en me détachant petit à petit des références. Par exemple regarde Lala&ce, ça sonne super cainry mais dans l’attitude où ce qu’elle dit c’est très français. Comme ce que je dis c’est encré en France je vais pas faire le mytho.

Wallace : ça sert à rien de mentir les gens vont le savoir de toute façon. 

Fetourne : Faire le mytho pourrait vous desservir, on va le capter à la fin forcément. 

Kurt: C’est ça. Par exemple dans Window, je dis que j’ai souffert dans ma relation et c’est un bon exemple de ce qu’on dit.

Window

Wallace : Y’a 4, 5 ans même si c’est triste à dire c’était très féminin ou Pop de dire ça. Et maintenant ça s’est démocratisé. On souffre tous différemment des coups qu’on peut prendre, mec ou nana, quelque soit le milieu. T’as la mort, c’est tout.


Kurt : On a été élevé par des femmes , y’en a beaucoup autour de nous du coup on est poussés à avoir un peu plus de respect.  La place des femmes devient de plus en plus importante dans le rap avec par exemple Roxane Peyronnenc qui est carrément féministe dans sa démarche. Dans e milieu masculin elle s’y ait fait sa place. Elle arrive à faire sortir des images qu’un homme n’arriverait pas à prendre.


Wallace : On arrive à un point où y’a plus de genres, on est tous dans la même merde et c’est le monde ou rien! 

Fetourne : Pour revenir sur le projet y’a une phrase qui m’a marqué. C’est « Je veux être riche comme un blanc avec des enfants noirs ».

les deux : (Rires )

Kurt :  elle est stéréotypée de fou, j’ai grossi le trait mais c’est pour l’adoption. Quand on était petit on parlait de Brad Pitt et Angelina Jolie qui adoptaient, je voyais ça je me disais faut être riche pour ça.

Wallace : Par exemple à notre boulot, y’a un gars qui veut adopter ça coûte au moins 20 000 balles pour les allers-retours les démarches et tout !

Kurt : En fait cette phrase reflète bien le projet. ça se voit tout du long mais je veux de l’argent, c’est une ambition on veut que ça devienne notre boulot. 

Fetourne : C’est l’envie de croquer le monde qui saute dans l’écoute du projet, y’a un coté Josman dans cette vision là et l’objectif mais en moins nihiliste.

Kurt : C’est Rage&Hope, c’est ce que je suis l’envie de tout prendre mais en étant utopiste. Je kick depuis deux ans je feat avec Eden Dillinger, avec mon reuf Wallace, plus que l’argent je veux pouvoir donner et partager avec les miens. Safe le reflète bien dans l’idée de sauvegarder l’argent entre nous. 

Fetourne : ça sert  à rien de percer seul ?

Kurt : c’est ça et ils deviennent un moteur

Wallace : On se motive à voir nos ambitions à la hausse, on parle d’argent et de réussite mais on est des grands rêveurs. Quand on ride dans Paris on se dit pendant des heures , si j’avais ci, si j’avais ça on ferait ci, on ferait ça.

Kurt : c’était la question du pourquoi les autres et pas moi ? À force Wallace et Moi et tous nos potes on a pris une méga dalle. Notre grande peur c’est devenir prétentieux et louper le coche, on veut pas passer à coté de nos chances.

Wallace : On veut devenir des légendes, pas des stars et surtout pas louper le coche. 

Fetourne : Le fait d’être de la jeunesse Parisienne ça vous inspire ? Est-ce que la ville en elle même vous inspire? Et comment vous voyez les rêves dans votre vie ? c’est un moteur ?

Wallace : On te fait croire que le rêve doit rester un fantasme alors que ça doit être un objectif. Faut se donner à fond et tu peux réaliser les choses. Y’a plein de gens qui se donnent et qui arrivent à réaliser les objectifs donc faut le faire.

Kurt : Si tu rêves plus, tu deviens déprimant. T’as pas d’objectifs.

Wallace : Faut que ce soit un objectif permanent.

Kurt : Les gens voient la réussite pas le travail. Suffit de voir Kyllian Mbappé, il est incroyable. Il a la dalle. C’est bien de parler c’est mieux de faire. 

Fetourne : Comme dit Nekfeu « Pas le temps pour les vacances, fais le maintenant ».

Kurt : Tu sais nous on bosse pour ça. On taffe l’été pour payer le studio ! On vit comme des mecs de 30 piges.

Wallace : Regarde ce soir je vais sortir des cours, direct on va travailler un clip et demain ce sera pareil ! 

Fetourne : ce qui sort pas mal du projet c’est cette envie d’indépendance. On dirait que c’est générationnel même.

Kurt : on veut pas de label, si on peut le faire seul tant mieux.

Wallace : On a pas envie de manager ou quoi que ce soit. Si tu bosses avec nous c’est que t’es un des nôtres et rien d’autre.Kurt : On s’en sort actuellement tout ce qui nous faudrait c’est un peu plus de communication. Mais tout s’apprend donc je me fais pas de soucis. 

Fetourne : On est tous autodidactes dans notre génération et vous vous vous revendiquez comme tels ?

Kurt : C’est surtout dans une volonté de faire les choses, pas avoir de barrières. Si on peut faire les choses et s’en prendre qu’à soi même c’est mieux.

Wallace : Regarde je fais des clips avec Pierre, mais j’ai appris le montage avec Call Of Duty. Que la détermination de travailler plus, puis y’a que ça qui compte. 

Fetourne : Comment vous avez rencontrez Eden Dillinger?

Kurt : On s’est rencontrés à la FAC. À l’époque j’avais un groupe qui m’a servi de brouillon et Eden nous as dirigé vers des studios. Et de fil en aiguille et avec le taf on s’est lié d’amitié et maintenant j’ai fait des dates avec lui en tant que backeur. Puis c’est le premier qui m’a soutenu dans le rap. C’était naturel pour moi ce feat. C’est produit par Piège et on croit les uns envers les autres.C’est mon pote mais ses sons je me les prends vraiment et on se soutient c’est le reuf. On travaille avec la famille.

 Fetourne : Et toi Wallace niveau projet ?

De mon coté là y’a un projet qui se termine petit à petit et je vous prépare une surprise avec Eden. Sinon pour l’instant ça bosse avec Piège dans la cave !  

Fetourne : T’as conçu comment ton projet Kurt?

Kurt: C’est simple. C’est comme si c’était le dernier. Je me suis mis un léger frein mais vraiment j’essaye de concevoir un truc dont je sois fier et je le suis donc tant mieux!

Wallace : là j’attends qu’une chose c’est les concerts ! Venez péter des bouches dans la fosse on va s’amuser.

Kurt : Tout le monde peut faire du son en Studio mais en concert faut savoir se défendre ! Venez voir on va vous montrer !  

Fetourne : Actuellement tout le monde est rappeur dans le second âge d’or pour les anciens, le véritable âge d’or pour notre génération, vous en pensez quoi?

Kurt : Pour moi c’est l’âge de Diamant; Notre génération est plus ouverte, on a plus de possibilités d’écoute. Les univers sont hyper différents d’un groupe à l’autre. Y’a pas que Paris, mais toute la francophonie. Maintenant tu peux absolument tout écouter avec ton tel et c’est un véritable plaisir pour un passionné.Mais malheureusement on écoute et on consomme trop la musique. Par exemple j’écoute encore Bisous de Myth Syzer.Maintenant regarde quand tu écoutes un album, t’attends de ouf qu’il soit certifié. On voit les chiffres plus que la musique.

 Fetourne : Suffit de voir les sorties des derniers mois, dur de profiter d’un projet comme UMLA alors que tout s’enchaîne.

Kurt : c’est exactement ça, d’ailleurs ça n’en reste pas moins un classic shit ! Après il aurait pu le vendre mieux je pense. Mais le projet est respecté de tous les rappeurs et des auditeurs de rap donc voilà pas besoin de chiffres. Il a conçu une intro incroyable .

Wallace : Alpha sait qu’il est trop fort il en joue de fou.

Kurt : J’attends fort Ateyaba sinon et regarde il a pas de certif. Et sinon niveau sortie là y’a l’album de Makala !

Fetourne : On sent cette énergie XtremBoyz chez vous justement. 

Kurt : Bien sûr c’est une référence. Je vais pas faire le mec je suis un auditeur et j’ai du respect de fou pour eux. Grosse énergie et ça me parle. Je me reconnais chez eux.

Fetourne :  ça se sent sur l’écoute de Rage & Hope. Y’a cette envie de scène.

Kurt : C’est ça. Puis par exemple Varnish la Piscine ou leurs sonorités à la Tyler The Creator ou même Pharell Williams c’est chaud. Ils font ce qu’ils veulent. Ils suivent pas les délires, ils vivent leurs délires. C’est que du respect, ils sont eux mêmes.

Wallace : Le Garden, on sera nous mêmes. Un chèque d’un million devant nous pour obéir aux ordres jamais ! On partira avec peu pour faire beaucoup.

Kurt: Si on se retrouve à devoir quelqu’un à un label, au final c’est un crime et on sera pas nous mêmes. On fera notre musique et c’est tout. 

Fetourne : Suffit de voir les Alpha Wann, Dinos, Ateyaba, Sheldon ils font les choses et ne sont pas dans des labels ou ont décidé de quitter leurs labels pour faire leurs musiques.

Kurt: Dinos c’est un des meilleurs albums de 2018 , je me le suis bouffé sévère. Ils ont eu raison de faire ça. Y’a un véritable travail humain et artistique.

Wallace: Après on doit pas écouter la musique de la même façon en tant qu’artiste mais c’est sûr

Kurt : regarde j’écoute encore Cherry Bomb de Tyler

Wallace : Moi je me bouffe toujours Opera Puccino c’est chaud

Kurt : On a un certain rapport nostalgique je pense.

Wallace : Si t’écoutes du Lino c’est pas accessible de fou mais ça vieillit bien parce que c’est fort et y’a du travail artistique vraiment. Sinon Booba pourquoi il est là?

Kurt: Parce que c’est devenu une marque à lui seul.Wallace : Il a dit « je suis le patron » et il l’a montré c’est tout.

Kurt: Aux Usa regarde Kanye West. Il a changé la musique. Il a battu le gangsta rap à l’époque. Malgré ses dérapages il reste au top. Kanye West c’est un vampire, il bosse avec des Newcomers et il tue tout après il évolue constamment. Il a la recette. 

Fetourne : Vous avez pensé quoi de l’année 2018 en rap? Kurt : En 2018 on a eu une belle année , UMLA, La Fosse aux Lions,Travis Scott, Asap Rocky, Kanye, c’était une belle année !


Wallace : Y’a eu que des tueries presque. Aya Nakamura dans un autre genre ! Naza ! Y’a vraiment des trucs fous, c’était une belle année.

Kurt: Maintenant tout le monde écoute du rap, fait une soirée y’aura au moins un rappeur. Le rap est partout donc forcément on arrive dans une surcharge de projets, mais faut être un auditeur intelligent et se faire sa propre culture.


Wallace: Si on parle des rappeurs qui pullulent c’est juste qu’il faut faire la dif en sortant les trippes. Tu sais si tu poses devant une caméra, tout le monde peut le faire.


Kurt : On a eu le droit à plein de mini Nekfeu ou de fils de Joke. Il faut savoir digérer son influence.


Wallace: Notre génération on s’est bouffé l’Entourage, ils ont été top 10 ventes à une époque où le rap c’était Booba, Rohff, La Fouine .. Forcément on s’est pris le collectif. Mais il faut savoir avaler ça, digérer et évoluer.


Fetourne : Notre génération vous en attendez quoi?


Ensemble : Eden direct!! il va tout grailler (Il a fait les Inouïs du Printemps de Bourges et il a tué ça)


Wallace : Le secret c’est se perdre dans les catacombes et se chercher. Quand tu te perds dans ces zones tu peux trouver des trésors ! La conception artistique c’est ça. Se perdre pour se trouver.


Kurt : Piège et Eden vont vraiment faire de belles choses. Ils le méritent, c’est la famille et ils ont faim. 

Fetourne : Si vous deviez mettre en avant quelqu’un ce serait qui ?


Kurt : Pierre (@Pierregent), c’est notre réalisateur et il fera ça bien. Il est doué et il peut faire beaucoup avec peu.Y’a Flem aussi à la production. L’album de Freeze Corleone c’est une folie! Il bosse avec le 667, il est juste trop trop fort.

Wallace : Même monstrueux je dirais. Sinon Prince Waly c’est des gens forts vraiment.

Kurt : Sinon comme message : La vie c’est court que du love, évitez les vagues négatives, entourez de vous de gens positifs et réalisez vos objectifs. 

Merci à Wallace et Kurt ! Allez streamez fort le projet !

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